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LE PAPE FRANÇOIS ET LE TERRORISME : UN OPPORTUNISME RELIGIEUX TENDANCIEUX




C’est initialement en lisant le dernier blogue de Richard Martineau que le sujet m’a d’abord intéressé. Mais ce qui m’a convaincu de produire cet écrit est la position du Pape François face au terrorisme. Lors de la traditionnelle bénédiction pascale urbi et orbi, le Pape François a invité les fidèles réunis à la Place Saint-Pierre de Rome en ces termes : « Avec les armes de l’amour, Dieu a vaincu l’égoïsme et la mort; son fils Jésus... lequel, par sa résurrection, a vaincu le mal et le péché... est la porte de la miséricorde grande ouverte à tous. »



Lorsque j’ai soutenu ma thèse de doctorat en théologie pratique, obtenue de l’Université de Montréal, ma directrice de doctorat a compris le point nodal de celle-ci à cette défense même, et ce, au grand dam de l’assistance. Je m’apprêtais à être docteur en théologie pratique, mais j’étais déjà, et aussi, philosophe et psychologue. D’abord, permettez-moi de clarifier de quoi il est question lorsque nous parlons de théologie pratique par rapport à biblique et dogmatique. La théologie pratique vise, à travers les Écritures, plus spécialement le Jésus historique comme il est dit, l’intégration de vérités existentielles intemporelles dans le quotidien de l’homme et de la femme de nos sociétés postmodernes. Le but de la théologie pratique est de guider la foi; la foi étant l’émergence d’un vécu réfléchi, d’un raffinement de l’esprit, de plus en plus vertueux, conduisant vers la Liberté, la Vérité, la Sagesse vers une existence qui soit Présence. Elle est un dépassement de soi par soi. Ainsi transformé, un tel être se tient prêt à accueillir et à aider son prochain à se transcender lui-même; ainsi se transmet la foi, soit de façon pragmatique et empirique, jamais par enseignement ni par adhésion.

AFFIRMATION 88

Selon Hegel, l’âme purifiée des impuretés de l’enfance est le fruit d’une évolution dialectique naturelle de l’esprit, au départ brute; l’âme se raffine.

AFFIRMATION 331

Ce n’est que lorsque cette possibilité de Liberté s’est réalisée que la Volonté, une volonté éclairée, advient.

Il importe également ici de clarifier sur la notion d’existence humaine. Toute existence humaine comporte trois dimensions inextricables en interrelation constante dans le temps : le spirituel ou l’immatériel, ce qu’il est convenu de nommer l’âme (les significations), le psychologique ou agitations de l’âme (les émotions) et le physique (les réactions corporelles). Ce que ma directrice de doctorat a compris ce soir de soutenance de ma thèse est le fait qu’il y a une quatrième dimension à toute existence: la dimension théologale. Une dimension résultant d’une existence vécue comme Présence. Or, une telle capacité de Présence est le fruit d’une existence dont l’âme a été purifiée, grâce à l’acquisition du mental, voire de la capacité de rationalisation, des limites illégitimement et inévitablement héritées de l’enfance. D’où le « quitte ton père, ta mère, tes frères, ta ville, ton village » de Jésus ainsi que le « retourner chez soi » des orientaux à comprendre non pas au plan physique, mais spirituel. Laquelle existence tend, dès lors, vers une vie de plus en plus vertueuse subordonnée à un choix délibératif éclairé portant sur le bien, le bon, le beau mettant ainsi fin au fait de subir les limites imposées de l’enfance.


Une existence ainsi libérée devient Présence et Liberté étant donné que l’âme, cette dimension spirituelle de l’existence, n’est plus assiégée par aucun affect négatif limitatif dans notre capacité à entrer en relation avec le Monde : êtres et choses. Bref à vivre la plénitude avec la multitude où la co-existence atteint son plus haut niveau d’être-avec-autrui et tend vers l’accueil inconditionnel de cet autre, vers la Vérité de l’Être. À noter que la présence, toujours limitative, qui précédait à l’accession à la Présence ne doit jamais être considérée en termes de culpabilité, mais uniquement au plan limitatif, les parents donnant toujours leur meilleur. Socrate et Heidegger d’affirmer : « ... qu’il n’y a pas d’existence manquée. » Les affects négatifs, eux, étant de l’ordre de la méfiance, de la peur, du doute, de la rancune, de la honte, du ressentiment, de la jalousie, de l’envie, de l’insécurité, de la culpabilité, etc. Ce faisant, comme le passé est garant de l’avenir, le temps étant vécu simultanément, le futur n’est plus, d’avance, potentiellement entaché par le passé : survient dès lors l’état de non-dualité.

AFFIRMATION 99

Lorsque passé et futur n’ont plus d’emprise limitative sur le présent il devient Présent : voilà la quatrième dimension.

AFFIRMATION 46

La Liberté consiste en un rendez-vous perpétuel avec le Présent.

C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre le « péché originel » soit le péché de nos origines, une situation à laquelle nul n’échappe. Le mot péché signifiant ici le fait d’être « coupé de la lumière », cette lumière, lumière véritable, conséquente à une existence vécue comme Présence. L’étymologie du mot Dieu Dei ramenant à la fois à « briller » et « lumineux ». Incapable, de par notre naissance, la naissance étant subie, d’accéder naturellement et spontanément, à cette lumière véritable intrinsèque à la Présence, l’humain se perd dans toutes sortes de fuites, de lumières artificielles... y compris la religion, ce dans quoi Jésus ne s’est cependant pas perdu, car faut-il le rappeler, Jésus n’était pas un chrétien, le christianisme est apparu après sa mort. Jésus a peut-être vaincu le mal, mais son mal à lui, soit les traces limitatives que sa propre enfance avait laissées, personne n’y échappant. Pour contrecarrer ce fait ne le fit-on pas naître d’une conception virginale?

AFFIRMATION 77

Nous guérissons pour peu que nous nous séparons de notre enfance, d’ajouter Sénèque.

AFFIRMATION 286

Platon d’ajouter que la victoire sur soi-même est, de toutes les victoires, en même temps la première à réaliser et aussi la plus belle.

Tout le mal dont souffre l’humanité depuis 2000 ans témoigne de cet échec de Jésus. Le mal et le péché n’ont pas été éradiqués et ne le seront jamais, car si tel était le cas, nous ne serions pas à parler de terrorisme. Ce que Jésus a réussi, c’est son enseignement, se prédication, sa vie à lui... au prix de celle-ci d’ailleurs. Ni Jésus ni Mahomet n’ont réussi, disons universellement, à imposer leur vision du monde : « Ne vous faites pas d’image de moi », disait le Nazaréen. Affirmer que Jésus a vaincu le mal par sa résurrection c’est dénaturer les faits. Utiliser un tel langage c’est maintenir les gens dans l’obscurantisme. Combien de fidèles savent ce que signifie réellement résurrection? Péché? Très peu, car très peu ont suivi des cours d’exégèse, laquelle science consiste en l’étude approfondie et critique d’un texte, bref de le restituer dans son contexte historique. Jésus est bel et bien mort, ce qui a ressuscité de lui c’est sa vision du monde, toute une vision! C’est cette vision qui a été récupérée, utilisée par la religion pour asservir, pour dominer et ainsi rendre dépendant. C’est une conséquence de la dépendance de fausser les choix, d’éradiquer la capacité de décider par soi-même. Dieu n’est pas de l’ordre de la croyance, ni de la transcendance, il est à faire par notre Présence de même que c’est lui qui nous fait par cette Présence. Dieu est gestalt entre ma quête d’être-humain dans son apothéose qui rencontre cette même quête d’être chez mon « prochain » comme l’enseigne la parabole. Dans son fondement transcendantal, lequel mot veut dire « au-delà... qui n’a pas de réalité comme telle », la religion s’éloigne du monde de l’humain. Surtout si l’on considère que la « réalité » du monde de telle ou telle transcendance peut avoir comme finalité l’impossible, l’irrationnel, l’utopique, la folie.

AFFIRMATION 114

C’est une caractéristique possible de l’existence humaine, être là tout en étant ailleurs.

AFFIRMATION 330

Si nous voilons notre histoire, d’affirmer Jaspers, elle vient nous surprendre à notre insu.

Si la raison est utilisée en éloignant de la réalité concrète que le monde nous présente il y a lieu de se questionner. Certes, c’est un triste constat de voir tant de souffrance dans ce monde, mais comprenons que cela a été de toujours et sera pour toujours. Lorsque l’on demandait à Jésus : « C’est pour quand le Royaume des cieux? »... Il est déjà là et pas encore là ... nul ne connaît ni l’heure ni le jour. Le Royaume des cieux réfère à la notion d’espace, quant au Règne de Dieu, il réfère à la notion de temps d’où cette quatrième dimension, l’espace-temps, une existence vécue comme Présence ici, maintenant, où le temps est vécu comme éternité. Dire que Dieu, par son fils Jésus, est « la porte de la miséricorde grande ouverte à tous » dans un contexte où nombre d’humains sont ponctuellement sujets à la peur et à l’angoisse, frôle l’opportunisme religieux. La porte qui peut ouvrir à la dimension théologale est celle qui s’ouvre conséquemment lorsque l’épreuve, épreuve personnelle faut-il le préciser, surgit dans notre existence, dans notre vie à nous : la foi, véritable, s’acquiert et se transmet de façon empirique, jamais par adhésion. Ainsi, « ce n’est pas ceux qui disent Seigneur! Seigneur! qui seront sauvés ». Matthieu de dire : « ... mais étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie et il y en a peu qui les trouvent ». Un opportunisme papal basé sur une vision utopique, idéaliste du monde. Certes le péché originel est universel, mais la résurrection est individuelle et potentiellement réalisable ici, maintenant, de notre vivant. Pourquoi? Parce que ressusciter signifie initialement « se relever » de quelque chose, au départ, qui a fait en sorte de nous faire éloigner de la Présence. Être ressuscité, en second lieu, c’est avoir intégré sa mort physique avant même qu’elle ne survienne, bref de nous être extirpé de notre condition de mort-vivant. Voilà de quelle situation nous pouvons ressusciter! Mes quelques kilos de fragments de poussière d’étoiles étant la suite de 13,7 milliards d’années de vécus ininterrompus, je n’ai donc jamais été mort, en quoi la mort peut-elle faire peur dès lors? Tout cela sans avoir désormais besoin d’adhérer à une religion quelle qu’elle soit parce que dans un tel contexte la quatrième dimension, dimension théologale, est atteinte. À bien des égards, François et moi pensons probablement la même chose sur la question théologique. Cependant, je n’ai pas besoin de m’identifier à une religion pour en parler. Qui plus est, c’est de façon empirique, par un accueil inconditionnel que je transmets la foi à mes patients. Comment? En tout premier lieu en les amenant à se faire confiance, et ce, en les faisant se libérer des traces limitatives héritées de l’enfance. Bref se vaincre soi-même avant de vaincre le Monde.

AFFIRMATION 42

L’éternité n’est pas infinité de la durée, mais une coïncidence absolue avec le monde, êtres et choses.

AFFIRMATION 352

La réponse pour l’accès à la Liberté n’est pas à chercher dans les livres, les sectes ou quelconque mouvement religieux, elle est en soi.

L'ENFANT (POÈME)



"L’ouverture que j’ai sur le monde, héritée de l’environnement propre à la période de la connaissance sensible (0-12 ans), est garante de ma manière actuelle d’être, d’exister, de me réaliser. Cet environnement est unique pour chacun. Quoiqu’il soit le meilleur quantitativement, il ne sera jamais l’idéal qualitativement. En conséquence, nous serons tous affectés à des degrés et dans des domaines différents. Ce que cet arbre a subi, nous ne le saurons jamais.
Peut-être a-t-il été piétiné par un animal ou un randonneur ayant dévié du sentier lorsqu’il n’avait que quelques centimètres. Malgré une certaine problématique lorsqu’il était petit, le milieu a quand même été favorable pour cet arbre. Plusieurs pays où famines et guerres sévissent sont à l’origine de graves problématiques : malnutrition, mortalité infantile, maladies diverses, viol, etc. Ainsi, plusieurs enfants de ce monde partent plus que perdants sur tous les plans. Si un arbre ne peut s’interroger sur ce qu’il a vécu, l’humain, parce qu’il n’est pas que substance, pas tous les humains faut-il le reconnaître, peut par contre se laisser questionner afin d’intégrer certains épisodes limitatifs de son enfance et ainsi changer le cours de son existence. Ayant compris cela et s’étant, par le fait même libéré, une telle personne se doit de faire tout ce qu’elle peut humainement afin, préventivement, d’aider les enfants, les adolescents et les parents de ce monde à accéder à plus de liberté, d’humanité."
[Extrait du livre Liberté]


Voici un magnifique poème de Mme Isabelle Racicot, que l'on retrouve dans mon dernier livre Liberté.


L'enfant

Le jour se lève,
L'enfant est au monde
De son espace, il se fait la sonde
Il crie, pleure, dort et respire
Ignorant le meilleur aussi bien que le pire

Tout entendre, tout découvrir
Les merles d’Amérique
Et les silences chaotiques
Les effluves de la mer
Les marées de poussière

Tout connaître, tout ressentir
Le velouté d’un baiser
Et la rudesse du brasier
Les délices d’Épicure
Le goût âcre de l’injure

Et puis le monde, à des rêves il aspire
Cherche le meilleur, parfois frôle le pire
Sans penser que l’enfant est le monde
L’univers entier dans une seule éponge 


ÉCOLOGIE; L’ILLUSION DE DAVID SUZUKI






AFFIRMATION 374

Pauvre on vit écologiquement; riche on pense écologiquement.


Dans Les Misérables, Victor Hugo donnait une excellente définition de l’écologie bien longtemps avant même que le mot existe : « On ne sait pas tout ce que certains êtres faibles, qui ont vieilli dans le dénuement et l’honnêteté, savent tirer d’un sou ». Pauvre on vit écologiquement ; riche on pense écologiquement. L’écologie, en cette période de mondialisation, prend beaucoup de place dans les sociétés postmodernes sans pour autant que ses défenseurs, parfois détracteurs, en connaissent les fondements spirituels cest-à-dire quant à la signification que celle-ci prend désormais dans nos sociétés postmodernes. Si les comportements de certains consommateurs en matière d’écologie sont parfois inconséquents, certains comportements d’écolos pour ne pas dire les « verts » comme certains les nomment, sont parfois franchement ridicules. Ce qu’il s’agit de mettre en place, ce sont des comportements responsables et durables sans sombrer dans le ridicule ; l’équilibre toujours l’équilibre, quoi ! Il ne faudrait pas qu’un ascétisme écologique se substitue à l’ascétisme religieux d’antan où, par exemple, il nous fallait être trois heures sans manger avant d’aller communier. Si ce que je prétends, à savoir que l’écologie serait la nouvelle religion des sociétés riches, cela se pourrait bien. L’unique religion à s’imposer parce qu’elle touche la planète, sa survie.
Tout comme la mort nous touche personnellement, l’écologie nous rejoint individuellement, mais aussi collectivement. Plus de corps, plus d’existence, plus de planète, plus de vie. Toutes les formes de vie existantes partagent une relative vulnérabilité face à la mort plus particulièrement face à la mort de la planète. L’écologie offre une potentialité de réponse à une unification du genre humain dans sa recherche à vouloir s’organiser sur une base universelle. La conférence mondiale de Paris de décembre 2015, COP21, en témoigne. L’écologie, on le sait, oriente son amour sur tout ce qui vit : mers, forêts, animaux, bref la planète entière, et ce, dans l’un de ses aspects qu’est la récupération, jusqu’à aimer au point de faire « revivre », par amour, ce qui, entendons-nous, n’avait initialement pas de vie : détritus, canettes, verre, etc. alors qu’il n’y a pas si longtemps on proclamait : « Aimez votre prochain », bref l’amour concernait cet autre qui m’est proche et pourtant si différent. Les questions que nous sommes en droit de nous poser : est-ce que ces biens recyclés peuvent réellement être considérés comme « des progrès » ? Compensent-ils, de façon durable, les pertes définitives en capital naturel ? Assurément non. Le constat d’échec de David Suzuki est sans appel : « Le mouvement environnemental a échoué. »

AFFIRMATION 363

L’évolution de l’espèce humaine semble se faire au détriment de l’être.


Cependant, le discours écologique des sociétés riches, parfois très fallacieux, a assurément moins d’emprise dans certaines régions du monde qui, pour la première fois, en se développant industriellement, peuvent accéder à certains biens que l’on juge, nous, citoyens des sociétés postmodernes, polluants. Le problème est d’autant amplifié du fait qu’une grande majorité de ces peuples de pays moins développés, par le biais des communications, peuvent voir toute cette consommation à laquelle ils pourraient accéder. En attente depuis des décennies, sinon des millénaires, de combler certains besoins primaires, ils n’ont que faire denotre morale écologique s’apparentant au temps des croisades et de l’évangélisation des Amérindiens de la Nouvelle-France par les Jésuites. Considérant leur pauvreté extrême en certains cas, leur mode de vie a toujours été plus qu’écologique. Le problème tient également des sociétés postmodernes capitalistes riches. Croire à l’irréversibilité de leur dépendance à la consommation plus que démesurée est peut-être utopique. Il ne s’agit pas ici d’être idéaliste ni fataliste, mais d’être réaliste. Paraphrasant Rousseau, je dirais, certes nos sociétés postmodernes se sont débarrassées de l’esclavage, mais à bien y penser, c’est nous qui sommes rendus esclaves de notre dépendance à la consommation de biens non durables, en général, y compris celle du capital naturel en certaines circonstances vitales pour certains groupes de travailleurs, voire certaines populations. Par exemple, dans ma région, le SaguenayLac-Saint-Jean, la coupe forestière est vitale pour la survie de nombreux travailleurs et de leur famille. Force est de constater à quel point il est difficile, entre deux entités privées que sont Résolu et Greenpeace, de concilier des objectifs parfois tout aussi louables d’un côté comme de l’autre.

En conséquence, penser que la survie de la planète dépend d’une entente signée, même mondialement, laisse songeur. La Fondation David Suzuki s’y est consacrée depuis 50 ans et pourtant! La possibilité de sauver la planète Terre en développant concrètement une écologie basée sur un développement durable dans toutes les sphères d’activités a autant de chances de réussir que l’irréversibilité de notre dépendance à la consommation, tant au niveau de biens non durables que du capital naturel, c’est-à-dire assez peu. À moins, cependant, qu’il y ait un réveil-choc de notre jeunesse. La force des réseaux sociaux dont elle dispose étant sans égal pourrait peut-être, je dis bien peut-être, changer l’ordre des choses. Encore faudrait-il que l’action, action cohérente, concrète, s’ajuste à la force de communication de ces réseaux. De même, la Déclaration du Capital naturel, juin 2012, permet un certain espoir. Le capital naturel fait référence aux ressources telles que minéraux, animaux, air, pétrole de la biosphère terrestre, vus comme moyens de production de biens et services écologiques : production d’oxygène, épuration naturelle de l’eau, prévention de l’érosion, pollinisation des cultures, et même fourniture de services récréatifs, y compris les « services de beauté des paysages ». Le capital naturel constitue une approche d’estimation de la valeur d’un écosystème, une alternative à la vue plus traditionnelle selon laquelle la nature et la vie non humaine constituent des ressources naturelles passives sans production propre : le capital naturel s’adjoint donc au terme de capital productif. Le capital naturel, expression apparue pour la première fois en 1973 dans Small is beautiful d’Ernst Friedrich Schumaker, devrait donc, selon les experts en ce domaine, être ajouté aux piliers économique et social lorsqu’il est question de calculer le PIB d’un pays si l’on cherche à prendre en compte des objectifs de développement durable, voire écologique.


La Terre est notre demeure et écologie du grec Eikos signifie « maison ». L’existence humaine est co-existence et la science qui s’intéresse aux rapports de l’humain avec le monde, êtres et choses, est l’ontologie. Si l’ontologie porte sur l’interaction des humains entre eux, l’écologie, quant à elle, porte sur l’interaction de ces mêmes humains, mais avec leur milieu, leur maison qu’est la Terre. C’est une évidence, selon moi, que cet intérêt pour l’écologie est, sous l’un de ses aspects, et ce, en grande partie, en lien avec la disparition, chez les bien nantis et les jeunes héritiers de nos sociétés postmodernes, de tous les subterfuges usuels concernant l’après-vie. L’ontologie se meurt parce que nous avons tué l’être en l’humain. Il semble bien que l’écologie, comme nouvelle détermination constitutive de l’humain, qui plus est constituée d’un humain atrophié de son être, veuille s’imposer comme substitut à l’ontologie. Le problème face à l’écologie n’est donc ni technologique ni éthique, mais ontologique.


AFFIRMATION 375

L’ontologie se meurt Parce que nous avons tué l’être en l’humain.

En conséquence, l’écologie n’a, à long terme, que peu de chances de s’imposer parce qu’elle aurait besoin, pour ce faire, de l’ontologie, de l’être en l’humain. L’écologie, comme religion du XXIe siècle, est peut-être une réponse planétaire symbolique, réponse contemporaine, tant recherchée de tout temps par tous les humains de toutes les cultures, à cette quête d’immortalité. Dans cette perspective, je dirais que l’écologie serait une tentative de réponse cosmique à cette quête en ce sens qu’elle vise à maintenir l’ordre du Cosmos. Le mot Cosmos ne signifie-t-il pas « ordre » au sens étymologique? L’univers n’a pas besoin de nous, de même qu’il n’est pas là pour nous. Dans un monde, monde hautement scientifique faut-il le rappeler, où les subterfuges pour esquiver la mort sont de plus en plus inopérants (résurrection, réincarnation, etc.), à tort ou à raison, le mythe d’immortalité devient de plus en plus oppressant. Dans ce contexte, les bacs de récupération déposés hebdomadairement le long des rues m’apparaissent un rituel pour célébrer ce nouveau mythe d’immortalité en émergence avec l’écologie et où Internet est devenu la Bible des sociétés postmodernes. Autant de tristes rituels pour se donner l’impression d’exister pleinement, d’être full présent, comme il est dit, et pour longtemps : rituels de consommation dits festifs afin de célébrer un mythe, le mythe « d’éternité » sous- tendu par l’cologie. Peu de gens semblent avoir compris que l’Écologie est parce que la Consommation est. Tout comme les religions précédentes, l’Écologie confirme notre vision, encore là, anthropologique et réductionniste, parce que l’homo sapiens, la Terre, le Soleil auront une fin.


AFFIRMATION 362

Telle est la fonction du rite, ramener à la mémoire collective un mythe en lien avec un temps immémorial,ici le mythe d’immortalité.

AFFIRMATION 378

Le nihilisme, selon Heidegger, est la négation de toute véridicité et de toute valeur à la civilisation. Des expressions passagères d’un vivant.

On ne peut ici qu’être en accord avec la position d’Heidegger quant à l’inefficacité symbolique de notre Culture. Selon moi, l’une des actions les plus bénéfiques en ce qui concerne l’environnement serait que la masse des gens de toutes les sociétés postmodernes, de même que ceux qui rêvent à le devenir, accèdent au même moment à une existence sage et mature vécue comme Présence. Ainsi, la fuite, la sublimation, la compensation que constitue la consommation effrénée, pire ennemi de l’écologie, voire de la planète et de l’humain, réelle ou simplement espérée, dans tous les domaines de nos existences diminuerait d’autant. Je ne parlerais pas ici d’une « simplicité volontaire préhistorique », mais plutôt de vivre en harmonie avec la Nature. Référant au constat d’échec du mouvement écologique, Suzuki parle d’une « déconnexion » entre l’humain et son environnement. Mais voilà ! Que la masse des humains de la planète adhère en même temps à une telle philosophie de vie écologique me semble utopique. Toutes les philosophies des valeurs, du christianisme au marxisme, ont échoué.


AFFIRMATION 376

Le problème face à l’écologie n’est donc ni technologique ni éthique, mais ontologique.

Une société, c’est une entité et une entité, ça n’a pas d’âme ni de conscience, ça ne peut donc pas réfléchir, seuls ses membres le peuvent, chacun à son heure, jamais tous en même temps, assurément pas en démocratie non plus d’ailleurs dans les dictatures où les renversements sont juste plus radicaux et plus spontanés. Tout comme la science une société est sans conscience. L’écologie permettra, un tant soit peu, de se donner bonne conscience tout en procurant, voire en recréant un pseudo-mythe d’immortalité face à notre mort personnelle incontournable, à court terme, collective probable à moyen terme et galactique à long terme. L’erreur de Suzuki serait-elle d’avoir négligé l’anthropocentrisme de l’humain, sa cupidité au détriment de son environnement, sa demeure la Terre? L’erreur de Greenpeace ne serait-elle pas, quant à elle, d’oublier que la survie financière de certains groupes de travailleurs et de leur descendance se doit d’être comblée ici maintenant, pas dans une autre vie? Au plan cosmique, notre existence n’a peut-être aucune importance, mais pour le temps que nous passons sur cette Terre, il nous faut lui donner un sens quel que soit ce sens: surconsommation illusoire de biens matériels ou simple consommation du capital naturel pour survivre. 

BENOÎT LACROIX : SENS ET NON-SENS


Photo: Radio-Canada



Immédiatement après le décès du vénérable père Benoît Lacroix, Josée Blanchette, journaliste à Radio-Canada, déclarait à l’émission 24/60 que le père dominicain navait jamais parlé de Dieu avec elle. Un accueil inconditionnel du père face à cette femme qui se déclare athée. Être athée et se retrouver dans le sillon d’un homme de tant de bien et de bonté semble étonnant au départ. Mais il n’y a là rien qui soit étonnant. Simplement parce que Dieu est Présence. Le mot Présence au sens étymologique réfère, entre autres choses, à « espace et temps », le temps vécu comme étant cette quatrième dimension de Minkowski, d’Einstein et de Krishnamurti. Un lieu et un temps où l’existence devient co-existence, où l’être en l’humain, de part et d’autre, peut se manifester librement, totalement et pleinement. Il y a là Gestalt, coïncidence, entre la quête d’être-humain de celui qui est accueilli, ici Mme Blanchette, et de celui qui accueille, ici le père Lacroix, le tout se manifestant dans une parole juste. Sublimes moments d’éternité. Carl Rogers affirmait qu’au plan thérapeutique, lorsqu’une telle coïncidence se produit, quelque chose de surnaturel se passe. Le surnaturel n’étant rien d’autre que de dépasser sa propre nature, soit d’être méfiant, d’avoir peur, de douter, d’être contre, de détester...



AFFIRMATION 42

L’éternité n’est pas infinité de la durée, mais une coïncidence absolue avec le monde, êtres et choses.


AFFIRMATION 297

Plus qu’un phénomène linguistique, la parole est la manifestation de l’essence de l’être.

Or, semblable rencontre, dirais-je à Mme Blanchette, est Présence certes, mais elle est « Dieu » dans le sens que Dieu c’est nous qui le créons par notre simple présence physique en même temps que c’est Lui qui nous crée. Dieu, tout comme l’existence, existe en tant que possible, il est à faire en quelque sorte. Exister, le mot Ex le dit, c’est occuper une position en dehors de soi : la détermination constitutive de l’humain, ce qui le constitue, bref le fait être, étant d’avoir-à-être projectivement et continuellement, et ce, contrairement à l’objet, qui lui, est voué à subsister inexorablement. Dieu n’est pas et ne doit pas être objet de Transcendance. Or, le faire se manifeste, se concrétise dans l’agir. Un agir de plus en plus vertueux. Voilà pourquoi toutes les philosophies des valeurs, transcendant la réalité concrète, ont échoué. En conséquence, il n’y a pas de sens à se dire athée ou croyant. Toute croyance, toute conviction, et ce sont là deux croyances, est fermeture, crispation sur soi, éloignant d’autant d’avance de l’accueil inconditionnel de l’Autre substrat à la Présence.


AFFIRMATION 360

Divinité veut dire ici, l’existence la plus haute, la plus vertueuse qui soit.

AFFIRMATION 109

La transcendance est le mouvement par lequel l’existence reprend à son compte et transforme une situation de fait.


Le Québec est en quête de sens. À tort ou à raison la Révolution tranquille a laissé un vide spirituel lequel avait, de toujours, été comblé insidieusement et fallacieusement par la Religion, sauf par de rares engagés tel le père Lacroix. La Religion est disparue, mais la dimension spirituelle de toute existence demeure, elle. Toute existence humaine comporte trois dimensions inextricables en interrelation constante dans le temps : le spirituel ou l’immatériel, ce qu’il est convenu de nommer l’âme (les significations), le psychologique ou agitations de l’âme (les émotions) et le physique (les réactions corporelles). Ainsi, bien des Québécois sont devenus et se disent athées, parfois ça fait Bon Chic, Bon Genre (BCBG) empêchant d’autant l’émergence de la Présence, comme s’ils étaient restés dans le stade de Négation de cette épreuve collective et individuelle non intégrée que représentait la fin de l’emprise de la Religion dans nos vies.

Être théiste ou athéiste, c’est être pour ou contre, c’est déjà faire son lit en quelque sorte. C’est consentir à maintenir un esprit dualiste avec son clivage bon/mauvais, bien/mal. Cela nous éloigne d’autant de l’accueil inconditionnel de cet Autre qui m’est si différent, voire de cette coïncidence source de la Présence. Dès lors, la Présence se résume à une simple présence. Les Québécois, comme le propre de bien des sociétés laïques postmodernes, sont en quête de sens (SECOND REGARD / JOHN CLARENCE) : mieux encore en quête de Présence. À défaut d’y accéder, par conviction athéiste ou par manque de guide spirituel véritable, on se trouve légion de faux dieux.


AFFIRMATION 222

L’épreuve vient démontrer à quel point on s’est trompé, illusionné, berné.

AFFIRMATION 205

Malgré le fait que sur le coup, l’épreuve me déforme, l’épreuve veut m’informer pour me réformer.


Le père Lacroix laisse un héritage spirituel « irremplaçable » c’est indubitable. Force est de constater cependant que les Québécois post-Révolution-tranquille n’étaient pas en mesure d’en apprécier sa richesse : tant de sens faisant non-sens, quelle tristesse! Mathieu Bock-Côté d’affirmer en parlant des Québécois : « Nous sommes désormais une nation antireligion » plus encore, le père Lacroix ne coupait pas la spiritualité de la Religion, comme le veut la mode aujourd’hui. Nous avons certes une histoire à rebâtir, tel que l’affirme Côté, mais, selon moi, en dissociant spiritualité et Religion, car celle-ci n’est que rarement garante de l’autre et quand la spiritualité est, la Religion n’a plus raison d’être. Le problème avec la Religion, sauf en quelques rares exceptions dont le père Lacroix, est que son fondement repose essentiellement sur une théologie biblique et dogmatique. Or, le danger d’une base théologique semblable est le nivellement et la domination des esprits, voire de cette dimension spirituelle de toute existence humaine. Il y a cependant une autre forme de théologie, la théologie pratique, celle-là même que prônait le Nazaréen : « Mettez la loi dans vos cœurs », disait-il. Étant donné que nous sommes en Occident, nous sommes héritiers pour la plupart d’une tradition que l’on nomme judéo-chrétienne, que l’on soit croyant ou pas. Tous les peuples, toutes les cultures se réfèrent à des textes, des mythes, des contes, de l’art rupestre et pariétal et bien d’autres moyens pour transmettre à leurs descendants ce qu’ils ont compris de l’existence humaine. Je tiens à signaler que mon champ de spécialisation en théologie est la théologie pratique, par rapport à biblique et dogmatique. La théologie pratique vise, à travers les Écritures, plus spécialement le Jésus historique comme il est dit, l’intégration de vérités existentielles intemporelles dans le quotidien de l’homme et de la femme de nos sociétés postmodernes. Le but de la théologie pratique est de guider la foi; la foi étant l’émergence d’un vécu réfléchi, d’un raffinement de l’esprit, de plus en plus vertueux, conduisant vers la Liberté, la Vérité, la Sagesse vers une existence qui soit Présence. Elle est un dépassement de soi par soi. Ainsi transformé, un tel être se tient prêt à accueillir et à aider son prochain à se transcender lui-même; ainsi se transmet la foi soit de façon pragmatique et empirique, jamais par enseignement ni par adhésion.


Je serais étonnamment surpris que le père Lacroix ait droit à des funérailles nationales et pourtant! Quand on pense aux dernières funérailles nationales tenues au Québec ça n’a pas grand sens. Dites-moi où sont vos valeurs et je vous dirai où sont vos cœurs.



**Les Affirmations du texte sont tirées du livre Liberté de Magella Potvin. 


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