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LE PAPE FRANÇOIS ET LE TERRORISME : UN OPPORTUNISME RELIGIEUX TENDANCIEUX




C’est initialement en lisant le dernier blogue de Richard Martineau que le sujet m’a d’abord intéressé. Mais ce qui m’a convaincu de produire cet écrit est la position du Pape François face au terrorisme. Lors de la traditionnelle bénédiction pascale urbi et orbi, le Pape François a invité les fidèles réunis à la Place Saint-Pierre de Rome en ces termes : « Avec les armes de l’amour, Dieu a vaincu l’égoïsme et la mort; son fils Jésus... lequel, par sa résurrection, a vaincu le mal et le péché... est la porte de la miséricorde grande ouverte à tous. »



Lorsque j’ai soutenu ma thèse de doctorat en théologie pratique, obtenue de l’Université de Montréal, ma directrice de doctorat a compris le point nodal de celle-ci à cette défense même, et ce, au grand dam de l’assistance. Je m’apprêtais à être docteur en théologie pratique, mais j’étais déjà, et aussi, philosophe et psychologue. D’abord, permettez-moi de clarifier de quoi il est question lorsque nous parlons de théologie pratique par rapport à biblique et dogmatique. La théologie pratique vise, à travers les Écritures, plus spécialement le Jésus historique comme il est dit, l’intégration de vérités existentielles intemporelles dans le quotidien de l’homme et de la femme de nos sociétés postmodernes. Le but de la théologie pratique est de guider la foi; la foi étant l’émergence d’un vécu réfléchi, d’un raffinement de l’esprit, de plus en plus vertueux, conduisant vers la Liberté, la Vérité, la Sagesse vers une existence qui soit Présence. Elle est un dépassement de soi par soi. Ainsi transformé, un tel être se tient prêt à accueillir et à aider son prochain à se transcender lui-même; ainsi se transmet la foi, soit de façon pragmatique et empirique, jamais par enseignement ni par adhésion.

AFFIRMATION 88

Selon Hegel, l’âme purifiée des impuretés de l’enfance est le fruit d’une évolution dialectique naturelle de l’esprit, au départ brute; l’âme se raffine.

AFFIRMATION 331

Ce n’est que lorsque cette possibilité de Liberté s’est réalisée que la Volonté, une volonté éclairée, advient.

Il importe également ici de clarifier sur la notion d’existence humaine. Toute existence humaine comporte trois dimensions inextricables en interrelation constante dans le temps : le spirituel ou l’immatériel, ce qu’il est convenu de nommer l’âme (les significations), le psychologique ou agitations de l’âme (les émotions) et le physique (les réactions corporelles). Ce que ma directrice de doctorat a compris ce soir de soutenance de ma thèse est le fait qu’il y a une quatrième dimension à toute existence: la dimension théologale. Une dimension résultant d’une existence vécue comme Présence. Or, une telle capacité de Présence est le fruit d’une existence dont l’âme a été purifiée, grâce à l’acquisition du mental, voire de la capacité de rationalisation, des limites illégitimement et inévitablement héritées de l’enfance. D’où le « quitte ton père, ta mère, tes frères, ta ville, ton village » de Jésus ainsi que le « retourner chez soi » des orientaux à comprendre non pas au plan physique, mais spirituel. Laquelle existence tend, dès lors, vers une vie de plus en plus vertueuse subordonnée à un choix délibératif éclairé portant sur le bien, le bon, le beau mettant ainsi fin au fait de subir les limites imposées de l’enfance.


Une existence ainsi libérée devient Présence et Liberté étant donné que l’âme, cette dimension spirituelle de l’existence, n’est plus assiégée par aucun affect négatif limitatif dans notre capacité à entrer en relation avec le Monde : êtres et choses. Bref à vivre la plénitude avec la multitude où la co-existence atteint son plus haut niveau d’être-avec-autrui et tend vers l’accueil inconditionnel de cet autre, vers la Vérité de l’Être. À noter que la présence, toujours limitative, qui précédait à l’accession à la Présence ne doit jamais être considérée en termes de culpabilité, mais uniquement au plan limitatif, les parents donnant toujours leur meilleur. Socrate et Heidegger d’affirmer : « ... qu’il n’y a pas d’existence manquée. » Les affects négatifs, eux, étant de l’ordre de la méfiance, de la peur, du doute, de la rancune, de la honte, du ressentiment, de la jalousie, de l’envie, de l’insécurité, de la culpabilité, etc. Ce faisant, comme le passé est garant de l’avenir, le temps étant vécu simultanément, le futur n’est plus, d’avance, potentiellement entaché par le passé : survient dès lors l’état de non-dualité.

AFFIRMATION 99

Lorsque passé et futur n’ont plus d’emprise limitative sur le présent il devient Présent : voilà la quatrième dimension.

AFFIRMATION 46

La Liberté consiste en un rendez-vous perpétuel avec le Présent.

C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre le « péché originel » soit le péché de nos origines, une situation à laquelle nul n’échappe. Le mot péché signifiant ici le fait d’être « coupé de la lumière », cette lumière, lumière véritable, conséquente à une existence vécue comme Présence. L’étymologie du mot Dieu Dei ramenant à la fois à « briller » et « lumineux ». Incapable, de par notre naissance, la naissance étant subie, d’accéder naturellement et spontanément, à cette lumière véritable intrinsèque à la Présence, l’humain se perd dans toutes sortes de fuites, de lumières artificielles... y compris la religion, ce dans quoi Jésus ne s’est cependant pas perdu, car faut-il le rappeler, Jésus n’était pas un chrétien, le christianisme est apparu après sa mort. Jésus a peut-être vaincu le mal, mais son mal à lui, soit les traces limitatives que sa propre enfance avait laissées, personne n’y échappant. Pour contrecarrer ce fait ne le fit-on pas naître d’une conception virginale?

AFFIRMATION 77

Nous guérissons pour peu que nous nous séparons de notre enfance, d’ajouter Sénèque.

AFFIRMATION 286

Platon d’ajouter que la victoire sur soi-même est, de toutes les victoires, en même temps la première à réaliser et aussi la plus belle.

Tout le mal dont souffre l’humanité depuis 2000 ans témoigne de cet échec de Jésus. Le mal et le péché n’ont pas été éradiqués et ne le seront jamais, car si tel était le cas, nous ne serions pas à parler de terrorisme. Ce que Jésus a réussi, c’est son enseignement, se prédication, sa vie à lui... au prix de celle-ci d’ailleurs. Ni Jésus ni Mahomet n’ont réussi, disons universellement, à imposer leur vision du monde : « Ne vous faites pas d’image de moi », disait le Nazaréen. Affirmer que Jésus a vaincu le mal par sa résurrection c’est dénaturer les faits. Utiliser un tel langage c’est maintenir les gens dans l’obscurantisme. Combien de fidèles savent ce que signifie réellement résurrection? Péché? Très peu, car très peu ont suivi des cours d’exégèse, laquelle science consiste en l’étude approfondie et critique d’un texte, bref de le restituer dans son contexte historique. Jésus est bel et bien mort, ce qui a ressuscité de lui c’est sa vision du monde, toute une vision! C’est cette vision qui a été récupérée, utilisée par la religion pour asservir, pour dominer et ainsi rendre dépendant. C’est une conséquence de la dépendance de fausser les choix, d’éradiquer la capacité de décider par soi-même. Dieu n’est pas de l’ordre de la croyance, ni de la transcendance, il est à faire par notre Présence de même que c’est lui qui nous fait par cette Présence. Dieu est gestalt entre ma quête d’être-humain dans son apothéose qui rencontre cette même quête d’être chez mon « prochain » comme l’enseigne la parabole. Dans son fondement transcendantal, lequel mot veut dire « au-delà... qui n’a pas de réalité comme telle », la religion s’éloigne du monde de l’humain. Surtout si l’on considère que la « réalité » du monde de telle ou telle transcendance peut avoir comme finalité l’impossible, l’irrationnel, l’utopique, la folie.

AFFIRMATION 114

C’est une caractéristique possible de l’existence humaine, être là tout en étant ailleurs.

AFFIRMATION 330

Si nous voilons notre histoire, d’affirmer Jaspers, elle vient nous surprendre à notre insu.

Si la raison est utilisée en éloignant de la réalité concrète que le monde nous présente il y a lieu de se questionner. Certes, c’est un triste constat de voir tant de souffrance dans ce monde, mais comprenons que cela a été de toujours et sera pour toujours. Lorsque l’on demandait à Jésus : « C’est pour quand le Royaume des cieux? »... Il est déjà là et pas encore là ... nul ne connaît ni l’heure ni le jour. Le Royaume des cieux réfère à la notion d’espace, quant au Règne de Dieu, il réfère à la notion de temps d’où cette quatrième dimension, l’espace-temps, une existence vécue comme Présence ici, maintenant, où le temps est vécu comme éternité. Dire que Dieu, par son fils Jésus, est « la porte de la miséricorde grande ouverte à tous » dans un contexte où nombre d’humains sont ponctuellement sujets à la peur et à l’angoisse, frôle l’opportunisme religieux. La porte qui peut ouvrir à la dimension théologale est celle qui s’ouvre conséquemment lorsque l’épreuve, épreuve personnelle faut-il le préciser, surgit dans notre existence, dans notre vie à nous : la foi, véritable, s’acquiert et se transmet de façon empirique, jamais par adhésion. Ainsi, « ce n’est pas ceux qui disent Seigneur! Seigneur! qui seront sauvés ». Matthieu de dire : « ... mais étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie et il y en a peu qui les trouvent ». Un opportunisme papal basé sur une vision utopique, idéaliste du monde. Certes le péché originel est universel, mais la résurrection est individuelle et potentiellement réalisable ici, maintenant, de notre vivant. Pourquoi? Parce que ressusciter signifie initialement « se relever » de quelque chose, au départ, qui a fait en sorte de nous faire éloigner de la Présence. Être ressuscité, en second lieu, c’est avoir intégré sa mort physique avant même qu’elle ne survienne, bref de nous être extirpé de notre condition de mort-vivant. Voilà de quelle situation nous pouvons ressusciter! Mes quelques kilos de fragments de poussière d’étoiles étant la suite de 13,7 milliards d’années de vécus ininterrompus, je n’ai donc jamais été mort, en quoi la mort peut-elle faire peur dès lors? Tout cela sans avoir désormais besoin d’adhérer à une religion quelle qu’elle soit parce que dans un tel contexte la quatrième dimension, dimension théologale, est atteinte. À bien des égards, François et moi pensons probablement la même chose sur la question théologique. Cependant, je n’ai pas besoin de m’identifier à une religion pour en parler. Qui plus est, c’est de façon empirique, par un accueil inconditionnel que je transmets la foi à mes patients. Comment? En tout premier lieu en les amenant à se faire confiance, et ce, en les faisant se libérer des traces limitatives héritées de l’enfance. Bref se vaincre soi-même avant de vaincre le Monde.

AFFIRMATION 42

L’éternité n’est pas infinité de la durée, mais une coïncidence absolue avec le monde, êtres et choses.

AFFIRMATION 352

La réponse pour l’accès à la Liberté n’est pas à chercher dans les livres, les sectes ou quelconque mouvement religieux, elle est en soi.

L'ENFANT (POÈME)



"L’ouverture que j’ai sur le monde, héritée de l’environnement propre à la période de la connaissance sensible (0-12 ans), est garante de ma manière actuelle d’être, d’exister, de me réaliser. Cet environnement est unique pour chacun. Quoiqu’il soit le meilleur quantitativement, il ne sera jamais l’idéal qualitativement. En conséquence, nous serons tous affectés à des degrés et dans des domaines différents. Ce que cet arbre a subi, nous ne le saurons jamais.
Peut-être a-t-il été piétiné par un animal ou un randonneur ayant dévié du sentier lorsqu’il n’avait que quelques centimètres. Malgré une certaine problématique lorsqu’il était petit, le milieu a quand même été favorable pour cet arbre. Plusieurs pays où famines et guerres sévissent sont à l’origine de graves problématiques : malnutrition, mortalité infantile, maladies diverses, viol, etc. Ainsi, plusieurs enfants de ce monde partent plus que perdants sur tous les plans. Si un arbre ne peut s’interroger sur ce qu’il a vécu, l’humain, parce qu’il n’est pas que substance, pas tous les humains faut-il le reconnaître, peut par contre se laisser questionner afin d’intégrer certains épisodes limitatifs de son enfance et ainsi changer le cours de son existence. Ayant compris cela et s’étant, par le fait même libéré, une telle personne se doit de faire tout ce qu’elle peut humainement afin, préventivement, d’aider les enfants, les adolescents et les parents de ce monde à accéder à plus de liberté, d’humanité."
[Extrait du livre Liberté]


Voici un magnifique poème de Mme Isabelle Racicot, que l'on retrouve dans mon dernier livre Liberté.


L'enfant

Le jour se lève,
L'enfant est au monde
De son espace, il se fait la sonde
Il crie, pleure, dort et respire
Ignorant le meilleur aussi bien que le pire

Tout entendre, tout découvrir
Les merles d’Amérique
Et les silences chaotiques
Les effluves de la mer
Les marées de poussière

Tout connaître, tout ressentir
Le velouté d’un baiser
Et la rudesse du brasier
Les délices d’Épicure
Le goût âcre de l’injure

Et puis le monde, à des rêves il aspire
Cherche le meilleur, parfois frôle le pire
Sans penser que l’enfant est le monde
L’univers entier dans une seule éponge 


QUELQUE PART UNE MAISON (POÈME)

" On bâtit une maison solide, de dire Lao Tseu, mais sans ouvertures, elle est un cachot. De même, une ouverture limitée sur le monde rend prisonnier. Dépendamment des traces limitatives inévitables laissées par l’enfance, des fenêtres se ferment.
La problématique, de la dépression à la psychose, de l’allergie au cancer, sera fonction du degré de fermeture, de l’enlisement de l’existence, bref du manque d’ouverture sur le monde. Manque d’ouverture qui nous éloignera d’autant d’une capacité d’exister qui soit Présence. Pour paraphraser Victor Hugo, se fermer au monde c’est se barricader contre le possible lequel possible peut parfois nous sembler impossible. L’existence n’est-elle pas possible ? Si la psychose placarde les portes et fenêtres à jamais, la dépression quant à elle barre les portes et ferme les toiles et rideaux des fenêtres. Ouverture qui pourra cependant se transformer, positivement ou encore plus négativement, avec l’épreuve."
[Extrait du livre Liberté]

Voici un magnifique poème de Mme Isabelle Racicot, que l'on retrouve dans mon dernier livre Liberté.


Quelque part une maison

Autour de moi, des murs par d’autres érigés
Armure de paille, de bois ou de mortier
Une certitude couleur d’oraison
Il est quelque part une maison

C’est une prairie, une clairière, un champ de blé
Un drap d’étoiles chassant l’obscurité

Une niche, une hutte, une tanière
À l’abri des fauves et du froid de l’hiver

Là-bas cathédrale, château, forteresse
Horizon florilège de promesses

Pourtant, ces mêmes murs qui me protègent
Parfois m’empêchent d’avancer
C’est une cellule, un banc de parc, un cimetière
Une angoisse de vivre comme intime repaire

Dans un univers fait de l’unique et du même
Des murs s’élèvent, d’autres tombent et m’entraînent
Si seul, cherchant à me relever
Il y a ma maison défaite que je dois rénover






GAÉTAN BARRETTE : POLITICIEN OU POLICHINELLE?

Photo: Radio- Canada

Après avoir entendu Gaétan Barrette à l’émission Tout le monde en parle, le spectacle m’est apparu tellement pitoyable que je me suis senti obligé de réagir. Je tiens à préciser que mon point de vue ne vise aucunement ici la problématique homme/femme, voire Barrette/Lamarre. On le sait, les Québécois sont friands d’humoristes lesquels font malheureusement trop souvent dans le burlesque vulgaire gratuit que dans l’humour véritable. À tout le moins si l’on n’aime pas nos humoristes on n’est pas tenus de payer pour aller les écouter. Mais lorsqu’il s’agit d’un ministre de l’Assemblée nationale payé à plus de 155 000 $ par année à même nos impôts, cela m’agace.
Le comble, « la virulence est la marque de commerce de la politique », d’ajouter Gaétan Barrette, quelle tristesse! De là le fait qu’il cautionne sa position de ne pas s’excuser à partir du comportement d’un confrère, Pierre-Karl Péladeau. À ce compte, je dirais, pour paraphraser Dante, « qu’en politique le plus idiot règne en maître au Royaume des idiots ». Ce n’est pas parce qu’un mal est endémique qu’il n’existe plus. Pire, se servir d’un tel prétexte démontre le peu de capacité, et de désir, à vouloir changer l’ordre des choses. Force est de constater que pour Gaétan Barrette et certains de ses semblables, c’est peut-être là l’occasion rêvée pour se réaliser, pour s’équilibrer à la mesure de leurs carences personnelles, de leur manque d’intelligence. Danny Turcotte a bien tenté de lui faire reconnaître qu’un comportement semblable, endossé par le premier ministre par surcroît, était incohérent de la part de ceux-là même qui votaient des lois contre l’intimidation, mais en vain.

AFFIRMATION 69

Une âme convaincue de son ignorance se vautre sans scrupule dans celle-ci comme un porc, d’ajouter Platon.

Pour se sortir de son impasse, rien de mieux que de créer la diversion. Ainsi, il rappelle ses difficultés financières professionnelles, où il a dû opérer à perte, et ce, conséquemment aux décisions du gouvernement de l’époque : le Parti québécois... le tout sans faire comme certains – allusion à Pierre-Karl Péladeau – d’avoir dû décréter un lock-out. En tout premier lieu, faudrait-il que nous soit démontré qu’il a opéré à perte? Même si cela était vrai, je pense que sa somptueuse prime de 1,2 millions de dollars reçue de son Ordre professionnel a grandement suffi à couvrir ses pertes, si pertes il y a eu. « Irrelevant », dira avec raison Guy A. Lepage. Évidemment ce ne sont pas tous les politiciens qui s’identifient à Gaétan Barrette. Il y a dans tout parti politique des politiciens de cet acabit. En conséquence, je demeure tout aussi virulent pour quiconque se comporte de la sorte. Cependant, force est de constater qu’un premier ministre qui tolère de tels agissements de la part d’un de ses ministres nous autorise à nous questionner sur les fondements qui soutiennent ce parti. Laisser aller son ministre défendre l’indéfendable à la télévision d’État devant un public avisé – on n’était quand même pas à Juste pour rire – frôle le surréalisme.

AFFIRMATION 213

La vertu est un choix, un désir délibératif volontaire découlant d’une Sagesse pratique impliquant expérience et réflexion critique.

AFFIRMATION 97

Sénèque de nous rappeler que si la raison est utilisée en nuisant, voire en éloignant de la Vérité l’humain est pire que l’animal qui n’en a pas.


Selon moi, il y a une énorme différence entre quelqu’un de brillant et ce que j’ai juste nommé comme l’intelligence. L’érudition est le propre de quelqu’un qui sait beaucoup de choses et qui possède une grande facilité en ce qui concerne la pensée dite rationnelle. Généralement, on dit de cette personne qu’elle est brillante. C’est là le propre de l’érudition : une accumulation de connaissances que permet la physiologie de certains cerveaux, un talent en quelque sorte. L’intelligence est autre chose. Elle est la résultante de ma façon de m’entendre en toute sagesse avec le monde, comment je réagis, comment je m’approprie cette relation avec le monde quant à l’utilisation de ce talent et faut-il le rappeler, où la parole, parole sensée, sera l’articulation de cette relation. L’intelligence est une compréhension pragmatique, c’est-à-dire à partir de l’expérience et non à partir d’un savoir discursif, ce qui relève de l’érudition. Elle implique relation, réflexion, compréhension, interprétation et articulation de l’expérience vécue dans une visée de plus en plus vertueuse. Elle émerge d’une volonté éclairée, d’une capacité délibérative de choisir orientée vers le beau, le bien, le bon.

Lorsque quelqu’un s’exprime d’une façon déconcertante, ne dit-on pas : « c’est intelligent, c’est à propos ce qu’elle dit. » Or, m’approprier c’est également apprendre, accroître, tirer des enseignements, des acquisitions de ma relation au monde. Il n’est donc pas besoin d’être brillant pour être intelligent, mais on peut cependant être brillant sans nécessairement être intelligent. On peut être ni l’un ni l’autre comme on peut être les deux à la fois. Pour bien camper cette différence, je vais vous donner quelques noms afin de vous laisser aller au jeu suivant. À la lecture de chacun des noms, répondez : « brillant et intelligent », « brillant ou intelligent », « brillant mais pas nécessairement intelligent », « intelligent mais pas nécessairement brillant » ou « ni l’un ni l’autre » : Sylvio Berlusconi (ex-président, Italie), Julie Payette (astronaute, Canada), Barack Obama (président, États-Unis), Michel Louvain (chanteur, Québec), Martin Luther King (pasteur, États-Unis), ConradBlack (financier, Angleterre), Dominique Strauss-Kahn (ex-président du FMI, France), Nelson Mandela (homme politique d’Afrique du Sud), Gaétan Barrette (ministre de la Santé, Québec). L’argent peut parfois, malheureusement, se substituer à tout cela. On pourrait dire, sans se tromper, que le fait d’être brillant est ontique, physique, car il s’adresse à l’étant. Alors que l’intelligence relève, elle, de l’ontologique parce qu’elle concerne un certain rapport de sens touchant nos relations, celle de l’existant dont l’existence avec le monde, plus précisément ici avec l’autre : l’existence étant co-existence. Gaétan Barrette vient démontrer à quel point cette ontologie se meurt dans notre société parce que de tels comportements dissocient l’être de l’être-humain.
AFFIRMATION 97 Sénèque de nous rappeler que si la raison est utilisée en nuisant, voire en éloignant de la Vérité l’humain est pire que l’animal qui n’en a pas.
Or, la loi dharmique, laquelle a son équivalent dans toutes les cultures, promulgue ceci : chacun de nous a un talent et il a le devoir d’utiliser ce dernier pour le bénéfice du plus grand nombre et dont la seule finalité est l’extase spirituelle. Pour être en harmonie avec cette loi, MM. Couillard et Barrette devraient retourner à la médecine, là où leurs talents ont le plus de chance d’être bénéfiques pour la société québécoise, ce qui ne fait aucun doute dans mon esprit. Chose peu probable cependant lorsque la finalité recherchée n’est pas l’extase spirituelle, mais la notoriété ou l’argent.

Transire benefaciendo

En terminant, permettez-moi de vous rappeler que Polichinelle parlait à qui voulait l’entendre – imaginez si Tout le monde en parle avait été opérationnel au 17e siècle – en plus d’être menteur et parfois cruel. Mais Gaétan Barrette avait Tout le monde en parle pour se mettre la corde au cou, incroyable de manquer de jugement à ce point! Les excuses de Gaétan Barrette : trop peu, trop tard et juste politically correct. Des excuses exigées de partout sauf de lui-même. À cet égard, Michel David, Martine Biron et Vincent Marissal partagent mon point de vue. Avec la responsabilité du poste qu’il occupe il n’y a rien de noble à voir dans de telles excuses. Ce qui est noble est plutôt le contraire, de ne jamais avoir à devoir s’excuser. Or, ceci exige la coïncidence du fait d’être brillant et en même temps d’être intelligent. Ce n’est pas d’excuses auxquelles nous avons droit, mais de leur démission : celle de Gaétan Barrette et de Philippe Couillard. À bien y penser, Philippe Couillard a peut-être vu là une incroyable occasion de se défaire d’un boulet. Sinon, reprenant Dante, il est, lui « le maître suprême des idiots dans le Royaume des idiots ». Nous avons le droit d’exiger comme citoyens ce que nous voulons pour nous représenter à l’Assemblée nationale, à moins de ne pas être plus intelligents qu’ils ne le sont. En conformité avec mon exposé, vous comprendrez que, selon moi, Michel Louvain est de loin plus intelligent que Gaétan Barrette.


**Les Affirmations du texte sont tirées du livre Liberté de Magella Potvin.

BENOÎT LACROIX : SENS ET NON-SENS


Photo: Radio-Canada



Immédiatement après le décès du vénérable père Benoît Lacroix, Josée Blanchette, journaliste à Radio-Canada, déclarait à l’émission 24/60 que le père dominicain navait jamais parlé de Dieu avec elle. Un accueil inconditionnel du père face à cette femme qui se déclare athée. Être athée et se retrouver dans le sillon d’un homme de tant de bien et de bonté semble étonnant au départ. Mais il n’y a là rien qui soit étonnant. Simplement parce que Dieu est Présence. Le mot Présence au sens étymologique réfère, entre autres choses, à « espace et temps », le temps vécu comme étant cette quatrième dimension de Minkowski, d’Einstein et de Krishnamurti. Un lieu et un temps où l’existence devient co-existence, où l’être en l’humain, de part et d’autre, peut se manifester librement, totalement et pleinement. Il y a là Gestalt, coïncidence, entre la quête d’être-humain de celui qui est accueilli, ici Mme Blanchette, et de celui qui accueille, ici le père Lacroix, le tout se manifestant dans une parole juste. Sublimes moments d’éternité. Carl Rogers affirmait qu’au plan thérapeutique, lorsqu’une telle coïncidence se produit, quelque chose de surnaturel se passe. Le surnaturel n’étant rien d’autre que de dépasser sa propre nature, soit d’être méfiant, d’avoir peur, de douter, d’être contre, de détester...



AFFIRMATION 42

L’éternité n’est pas infinité de la durée, mais une coïncidence absolue avec le monde, êtres et choses.


AFFIRMATION 297

Plus qu’un phénomène linguistique, la parole est la manifestation de l’essence de l’être.

Or, semblable rencontre, dirais-je à Mme Blanchette, est Présence certes, mais elle est « Dieu » dans le sens que Dieu c’est nous qui le créons par notre simple présence physique en même temps que c’est Lui qui nous crée. Dieu, tout comme l’existence, existe en tant que possible, il est à faire en quelque sorte. Exister, le mot Ex le dit, c’est occuper une position en dehors de soi : la détermination constitutive de l’humain, ce qui le constitue, bref le fait être, étant d’avoir-à-être projectivement et continuellement, et ce, contrairement à l’objet, qui lui, est voué à subsister inexorablement. Dieu n’est pas et ne doit pas être objet de Transcendance. Or, le faire se manifeste, se concrétise dans l’agir. Un agir de plus en plus vertueux. Voilà pourquoi toutes les philosophies des valeurs, transcendant la réalité concrète, ont échoué. En conséquence, il n’y a pas de sens à se dire athée ou croyant. Toute croyance, toute conviction, et ce sont là deux croyances, est fermeture, crispation sur soi, éloignant d’autant d’avance de l’accueil inconditionnel de l’Autre substrat à la Présence.


AFFIRMATION 360

Divinité veut dire ici, l’existence la plus haute, la plus vertueuse qui soit.

AFFIRMATION 109

La transcendance est le mouvement par lequel l’existence reprend à son compte et transforme une situation de fait.


Le Québec est en quête de sens. À tort ou à raison la Révolution tranquille a laissé un vide spirituel lequel avait, de toujours, été comblé insidieusement et fallacieusement par la Religion, sauf par de rares engagés tel le père Lacroix. La Religion est disparue, mais la dimension spirituelle de toute existence demeure, elle. Toute existence humaine comporte trois dimensions inextricables en interrelation constante dans le temps : le spirituel ou l’immatériel, ce qu’il est convenu de nommer l’âme (les significations), le psychologique ou agitations de l’âme (les émotions) et le physique (les réactions corporelles). Ainsi, bien des Québécois sont devenus et se disent athées, parfois ça fait Bon Chic, Bon Genre (BCBG) empêchant d’autant l’émergence de la Présence, comme s’ils étaient restés dans le stade de Négation de cette épreuve collective et individuelle non intégrée que représentait la fin de l’emprise de la Religion dans nos vies.

Être théiste ou athéiste, c’est être pour ou contre, c’est déjà faire son lit en quelque sorte. C’est consentir à maintenir un esprit dualiste avec son clivage bon/mauvais, bien/mal. Cela nous éloigne d’autant de l’accueil inconditionnel de cet Autre qui m’est si différent, voire de cette coïncidence source de la Présence. Dès lors, la Présence se résume à une simple présence. Les Québécois, comme le propre de bien des sociétés laïques postmodernes, sont en quête de sens (SECOND REGARD / JOHN CLARENCE) : mieux encore en quête de Présence. À défaut d’y accéder, par conviction athéiste ou par manque de guide spirituel véritable, on se trouve légion de faux dieux.


AFFIRMATION 222

L’épreuve vient démontrer à quel point on s’est trompé, illusionné, berné.

AFFIRMATION 205

Malgré le fait que sur le coup, l’épreuve me déforme, l’épreuve veut m’informer pour me réformer.


Le père Lacroix laisse un héritage spirituel « irremplaçable » c’est indubitable. Force est de constater cependant que les Québécois post-Révolution-tranquille n’étaient pas en mesure d’en apprécier sa richesse : tant de sens faisant non-sens, quelle tristesse! Mathieu Bock-Côté d’affirmer en parlant des Québécois : « Nous sommes désormais une nation antireligion » plus encore, le père Lacroix ne coupait pas la spiritualité de la Religion, comme le veut la mode aujourd’hui. Nous avons certes une histoire à rebâtir, tel que l’affirme Côté, mais, selon moi, en dissociant spiritualité et Religion, car celle-ci n’est que rarement garante de l’autre et quand la spiritualité est, la Religion n’a plus raison d’être. Le problème avec la Religion, sauf en quelques rares exceptions dont le père Lacroix, est que son fondement repose essentiellement sur une théologie biblique et dogmatique. Or, le danger d’une base théologique semblable est le nivellement et la domination des esprits, voire de cette dimension spirituelle de toute existence humaine. Il y a cependant une autre forme de théologie, la théologie pratique, celle-là même que prônait le Nazaréen : « Mettez la loi dans vos cœurs », disait-il. Étant donné que nous sommes en Occident, nous sommes héritiers pour la plupart d’une tradition que l’on nomme judéo-chrétienne, que l’on soit croyant ou pas. Tous les peuples, toutes les cultures se réfèrent à des textes, des mythes, des contes, de l’art rupestre et pariétal et bien d’autres moyens pour transmettre à leurs descendants ce qu’ils ont compris de l’existence humaine. Je tiens à signaler que mon champ de spécialisation en théologie est la théologie pratique, par rapport à biblique et dogmatique. La théologie pratique vise, à travers les Écritures, plus spécialement le Jésus historique comme il est dit, l’intégration de vérités existentielles intemporelles dans le quotidien de l’homme et de la femme de nos sociétés postmodernes. Le but de la théologie pratique est de guider la foi; la foi étant l’émergence d’un vécu réfléchi, d’un raffinement de l’esprit, de plus en plus vertueux, conduisant vers la Liberté, la Vérité, la Sagesse vers une existence qui soit Présence. Elle est un dépassement de soi par soi. Ainsi transformé, un tel être se tient prêt à accueillir et à aider son prochain à se transcender lui-même; ainsi se transmet la foi soit de façon pragmatique et empirique, jamais par enseignement ni par adhésion.


Je serais étonnamment surpris que le père Lacroix ait droit à des funérailles nationales et pourtant! Quand on pense aux dernières funérailles nationales tenues au Québec ça n’a pas grand sens. Dites-moi où sont vos valeurs et je vous dirai où sont vos cœurs.



**Les Affirmations du texte sont tirées du livre Liberté de Magella Potvin. 


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