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ÉCOLOGIE; L’ILLUSION DE DAVID SUZUKI






AFFIRMATION 374

Pauvre on vit écologiquement; riche on pense écologiquement.


Dans Les Misérables, Victor Hugo donnait une excellente définition de l’écologie bien longtemps avant même que le mot existe : « On ne sait pas tout ce que certains êtres faibles, qui ont vieilli dans le dénuement et l’honnêteté, savent tirer d’un sou ». Pauvre on vit écologiquement ; riche on pense écologiquement. L’écologie, en cette période de mondialisation, prend beaucoup de place dans les sociétés postmodernes sans pour autant que ses défenseurs, parfois détracteurs, en connaissent les fondements spirituels cest-à-dire quant à la signification que celle-ci prend désormais dans nos sociétés postmodernes. Si les comportements de certains consommateurs en matière d’écologie sont parfois inconséquents, certains comportements d’écolos pour ne pas dire les « verts » comme certains les nomment, sont parfois franchement ridicules. Ce qu’il s’agit de mettre en place, ce sont des comportements responsables et durables sans sombrer dans le ridicule ; l’équilibre toujours l’équilibre, quoi ! Il ne faudrait pas qu’un ascétisme écologique se substitue à l’ascétisme religieux d’antan où, par exemple, il nous fallait être trois heures sans manger avant d’aller communier. Si ce que je prétends, à savoir que l’écologie serait la nouvelle religion des sociétés riches, cela se pourrait bien. L’unique religion à s’imposer parce qu’elle touche la planète, sa survie.
Tout comme la mort nous touche personnellement, l’écologie nous rejoint individuellement, mais aussi collectivement. Plus de corps, plus d’existence, plus de planète, plus de vie. Toutes les formes de vie existantes partagent une relative vulnérabilité face à la mort plus particulièrement face à la mort de la planète. L’écologie offre une potentialité de réponse à une unification du genre humain dans sa recherche à vouloir s’organiser sur une base universelle. La conférence mondiale de Paris de décembre 2015, COP21, en témoigne. L’écologie, on le sait, oriente son amour sur tout ce qui vit : mers, forêts, animaux, bref la planète entière, et ce, dans l’un de ses aspects qu’est la récupération, jusqu’à aimer au point de faire « revivre », par amour, ce qui, entendons-nous, n’avait initialement pas de vie : détritus, canettes, verre, etc. alors qu’il n’y a pas si longtemps on proclamait : « Aimez votre prochain », bref l’amour concernait cet autre qui m’est proche et pourtant si différent. Les questions que nous sommes en droit de nous poser : est-ce que ces biens recyclés peuvent réellement être considérés comme « des progrès » ? Compensent-ils, de façon durable, les pertes définitives en capital naturel ? Assurément non. Le constat d’échec de David Suzuki est sans appel : « Le mouvement environnemental a échoué. »

AFFIRMATION 363

L’évolution de l’espèce humaine semble se faire au détriment de l’être.


Cependant, le discours écologique des sociétés riches, parfois très fallacieux, a assurément moins d’emprise dans certaines régions du monde qui, pour la première fois, en se développant industriellement, peuvent accéder à certains biens que l’on juge, nous, citoyens des sociétés postmodernes, polluants. Le problème est d’autant amplifié du fait qu’une grande majorité de ces peuples de pays moins développés, par le biais des communications, peuvent voir toute cette consommation à laquelle ils pourraient accéder. En attente depuis des décennies, sinon des millénaires, de combler certains besoins primaires, ils n’ont que faire denotre morale écologique s’apparentant au temps des croisades et de l’évangélisation des Amérindiens de la Nouvelle-France par les Jésuites. Considérant leur pauvreté extrême en certains cas, leur mode de vie a toujours été plus qu’écologique. Le problème tient également des sociétés postmodernes capitalistes riches. Croire à l’irréversibilité de leur dépendance à la consommation plus que démesurée est peut-être utopique. Il ne s’agit pas ici d’être idéaliste ni fataliste, mais d’être réaliste. Paraphrasant Rousseau, je dirais, certes nos sociétés postmodernes se sont débarrassées de l’esclavage, mais à bien y penser, c’est nous qui sommes rendus esclaves de notre dépendance à la consommation de biens non durables, en général, y compris celle du capital naturel en certaines circonstances vitales pour certains groupes de travailleurs, voire certaines populations. Par exemple, dans ma région, le SaguenayLac-Saint-Jean, la coupe forestière est vitale pour la survie de nombreux travailleurs et de leur famille. Force est de constater à quel point il est difficile, entre deux entités privées que sont Résolu et Greenpeace, de concilier des objectifs parfois tout aussi louables d’un côté comme de l’autre.

En conséquence, penser que la survie de la planète dépend d’une entente signée, même mondialement, laisse songeur. La Fondation David Suzuki s’y est consacrée depuis 50 ans et pourtant! La possibilité de sauver la planète Terre en développant concrètement une écologie basée sur un développement durable dans toutes les sphères d’activités a autant de chances de réussir que l’irréversibilité de notre dépendance à la consommation, tant au niveau de biens non durables que du capital naturel, c’est-à-dire assez peu. À moins, cependant, qu’il y ait un réveil-choc de notre jeunesse. La force des réseaux sociaux dont elle dispose étant sans égal pourrait peut-être, je dis bien peut-être, changer l’ordre des choses. Encore faudrait-il que l’action, action cohérente, concrète, s’ajuste à la force de communication de ces réseaux. De même, la Déclaration du Capital naturel, juin 2012, permet un certain espoir. Le capital naturel fait référence aux ressources telles que minéraux, animaux, air, pétrole de la biosphère terrestre, vus comme moyens de production de biens et services écologiques : production d’oxygène, épuration naturelle de l’eau, prévention de l’érosion, pollinisation des cultures, et même fourniture de services récréatifs, y compris les « services de beauté des paysages ». Le capital naturel constitue une approche d’estimation de la valeur d’un écosystème, une alternative à la vue plus traditionnelle selon laquelle la nature et la vie non humaine constituent des ressources naturelles passives sans production propre : le capital naturel s’adjoint donc au terme de capital productif. Le capital naturel, expression apparue pour la première fois en 1973 dans Small is beautiful d’Ernst Friedrich Schumaker, devrait donc, selon les experts en ce domaine, être ajouté aux piliers économique et social lorsqu’il est question de calculer le PIB d’un pays si l’on cherche à prendre en compte des objectifs de développement durable, voire écologique.


La Terre est notre demeure et écologie du grec Eikos signifie « maison ». L’existence humaine est co-existence et la science qui s’intéresse aux rapports de l’humain avec le monde, êtres et choses, est l’ontologie. Si l’ontologie porte sur l’interaction des humains entre eux, l’écologie, quant à elle, porte sur l’interaction de ces mêmes humains, mais avec leur milieu, leur maison qu’est la Terre. C’est une évidence, selon moi, que cet intérêt pour l’écologie est, sous l’un de ses aspects, et ce, en grande partie, en lien avec la disparition, chez les bien nantis et les jeunes héritiers de nos sociétés postmodernes, de tous les subterfuges usuels concernant l’après-vie. L’ontologie se meurt parce que nous avons tué l’être en l’humain. Il semble bien que l’écologie, comme nouvelle détermination constitutive de l’humain, qui plus est constituée d’un humain atrophié de son être, veuille s’imposer comme substitut à l’ontologie. Le problème face à l’écologie n’est donc ni technologique ni éthique, mais ontologique.


AFFIRMATION 375

L’ontologie se meurt Parce que nous avons tué l’être en l’humain.

En conséquence, l’écologie n’a, à long terme, que peu de chances de s’imposer parce qu’elle aurait besoin, pour ce faire, de l’ontologie, de l’être en l’humain. L’écologie, comme religion du XXIe siècle, est peut-être une réponse planétaire symbolique, réponse contemporaine, tant recherchée de tout temps par tous les humains de toutes les cultures, à cette quête d’immortalité. Dans cette perspective, je dirais que l’écologie serait une tentative de réponse cosmique à cette quête en ce sens qu’elle vise à maintenir l’ordre du Cosmos. Le mot Cosmos ne signifie-t-il pas « ordre » au sens étymologique? L’univers n’a pas besoin de nous, de même qu’il n’est pas là pour nous. Dans un monde, monde hautement scientifique faut-il le rappeler, où les subterfuges pour esquiver la mort sont de plus en plus inopérants (résurrection, réincarnation, etc.), à tort ou à raison, le mythe d’immortalité devient de plus en plus oppressant. Dans ce contexte, les bacs de récupération déposés hebdomadairement le long des rues m’apparaissent un rituel pour célébrer ce nouveau mythe d’immortalité en émergence avec l’écologie et où Internet est devenu la Bible des sociétés postmodernes. Autant de tristes rituels pour se donner l’impression d’exister pleinement, d’être full présent, comme il est dit, et pour longtemps : rituels de consommation dits festifs afin de célébrer un mythe, le mythe « d’éternité » sous- tendu par l’cologie. Peu de gens semblent avoir compris que l’Écologie est parce que la Consommation est. Tout comme les religions précédentes, l’Écologie confirme notre vision, encore là, anthropologique et réductionniste, parce que l’homo sapiens, la Terre, le Soleil auront une fin.


AFFIRMATION 362

Telle est la fonction du rite, ramener à la mémoire collective un mythe en lien avec un temps immémorial,ici le mythe d’immortalité.

AFFIRMATION 378

Le nihilisme, selon Heidegger, est la négation de toute véridicité et de toute valeur à la civilisation. Des expressions passagères d’un vivant.

On ne peut ici qu’être en accord avec la position d’Heidegger quant à l’inefficacité symbolique de notre Culture. Selon moi, l’une des actions les plus bénéfiques en ce qui concerne l’environnement serait que la masse des gens de toutes les sociétés postmodernes, de même que ceux qui rêvent à le devenir, accèdent au même moment à une existence sage et mature vécue comme Présence. Ainsi, la fuite, la sublimation, la compensation que constitue la consommation effrénée, pire ennemi de l’écologie, voire de la planète et de l’humain, réelle ou simplement espérée, dans tous les domaines de nos existences diminuerait d’autant. Je ne parlerais pas ici d’une « simplicité volontaire préhistorique », mais plutôt de vivre en harmonie avec la Nature. Référant au constat d’échec du mouvement écologique, Suzuki parle d’une « déconnexion » entre l’humain et son environnement. Mais voilà ! Que la masse des humains de la planète adhère en même temps à une telle philosophie de vie écologique me semble utopique. Toutes les philosophies des valeurs, du christianisme au marxisme, ont échoué.


AFFIRMATION 376

Le problème face à l’écologie n’est donc ni technologique ni éthique, mais ontologique.

Une société, c’est une entité et une entité, ça n’a pas d’âme ni de conscience, ça ne peut donc pas réfléchir, seuls ses membres le peuvent, chacun à son heure, jamais tous en même temps, assurément pas en démocratie non plus d’ailleurs dans les dictatures où les renversements sont juste plus radicaux et plus spontanés. Tout comme la science une société est sans conscience. L’écologie permettra, un tant soit peu, de se donner bonne conscience tout en procurant, voire en recréant un pseudo-mythe d’immortalité face à notre mort personnelle incontournable, à court terme, collective probable à moyen terme et galactique à long terme. L’erreur de Suzuki serait-elle d’avoir négligé l’anthropocentrisme de l’humain, sa cupidité au détriment de son environnement, sa demeure la Terre? L’erreur de Greenpeace ne serait-elle pas, quant à elle, d’oublier que la survie financière de certains groupes de travailleurs et de leur descendance se doit d’être comblée ici maintenant, pas dans une autre vie? Au plan cosmique, notre existence n’a peut-être aucune importance, mais pour le temps que nous passons sur cette Terre, il nous faut lui donner un sens quel que soit ce sens: surconsommation illusoire de biens matériels ou simple consommation du capital naturel pour survivre. 

LA PSYCHOLOGIE QUÉBÉCOISE, APRÈS JEANNETTE, CORNEAU ET MAILLOUX



Photo: Radio-Canada

Le récent passage de Mme Jeannette Bertrand à Tout le monde en parle en a interpellé plusieurs. D’abord, tous sont unanimes à l’effet que Mme Bertrand a fait beaucoup pour le Québec. Historiquement, elle a été la pionnière. Elle a tracé la voie à la libéralisation de la dimension psychologique de notre vécu, tant pour les femmes que pour les hommes. Il semble bien, qu’au plan médiatique, il n’y ait désormais que sur elle que le Québec puisse se rabattre lorsqu’il est question de vulgariser la psychologie. En fouillant sur Internet, je me suis rendu compte que je n’étais pas le seul toutefois à être choqué par ses récentes prises de position.
M. Denis Fortier dit, avec justesse, que nombre de professionnels, dont je suis en tant que professeur en psychologie de niveau universitaire, peuvent en savoir passablement sur le fait « d’être vieux », à tout le moins sur « le devenir vieux », sans pour autant l’être. Hassan Serraji de nous rappeler ce que Mme Bertrand déclarait : « Je n’ai pas besoin de science, ni de preuves tangibles pour étayer ce que je crois fermement être la vérité. Je me fie à mon instinct et à mon cœur! » C’est connu, il y a une énorme différence entre savoir discursif et savoir expérientiel, mais je me dois de rappeler que Mme Bertrand ne possédait ni l’un ni l’autre lorsqu’elle parlait d’homosexualité, de SIDA et bientôt de bisexualité : croire n’est pas savoir. Des gens ont longtemps cru que la Terre était plate et pourtant! À tout le moins, nous, professionnels dans notre champ de compétence réciproque, avons au moins une partie de la solution : le savoir discursif. À ce compte, nous pouvons plus que simplement « parler pour parler ». Dans sa plus récente entrevue, Mme Bertrand dira : « Je veux susciter une réflexion chez les gens qui vont vieillir ». Que pensez-vous que j’enseigne à mes étudiants dans mon cours Psychologie du développement de l’adulte donné à l’Université du Québec à Chicoutimi, sans oublier tous ces patients rendus à cette étape de la vie que je reçois en thérapie? Vous avez été, Mme Bertrand, d’une compétence incomparable à diriger une armée de comédiens talentueux, et ce, dans différentes dramatiques. Vous avez parlé haut et fort de l’homosexualité, du SIDA sans pourtant n’avoir jamais été ni sidatique ni homosexuelle. Pourtant vous reconnaissez avoir aidé – et vous l’avez fait, madame – nombre de Québécois. Enfin, dire que les résidences de personnes âgées « ghettoïsent les aînés », c’est généraliser un peu fort. Certes nous devons faire, collectivement, tout ce qui est en notre pouvoir pour éviter que nos aînés vivent la « ghettoïsation ». Cependant, ce ne sont pas tous les aînés qui ont les moyens de se payer appartement ou condo dans une luxueuse tour d’habitation d’un centre-ville. Sur la question de l’argent, vous portez l’odieux de dire : « De l’argent j’en ai. » Ce ne sont pas tous les aînés non plus qui peuvent compter sur des enfants pour trouver un minimum de sécurité, laquelle s’accentue, vous êtes à même de le savoir, avec le « devenir vieux ». Certaines personnes y sont très heureuses dans ces « ghettos » comme d’autres sont très malheureuses dans leur tour d’habitation : le fait d’être heureux ne tient pas à un lieu physique, il est en soi, madame. Chose que vous devriez savoir plus que quiconque. Mais avec l’erreur de la Charte des valeurs, votre généralisation sur la « ghettoïsation », et votre prétention à détenir la vérité absolue sur « l’être vieux » – parce que vous, vous êtes vieille – je me dois de vous rappeler que, sans être nullement arrogante ni impolie, ce que vous n’avez jamais été, vous faites un brin dans l’impertinence Mme Bertrand. Il y a des moments où il faut savoir se taire afin de ne pas faire ombrage sur l’immense héritage que l’on veut et qu’on peut laisser derrière soi.

AFFIRMATION 204

Le silence est un mode de la parole.


AFFIRMATION 85

La pire ignorance étant celle qui s’ignore; une telle ignorance est illusion.

Il y a eu par la suite M. Guy Corneau, reconnu largement en dehors du Québec pour ses écrits. D’abord, il y a son association avec son maître et guide spirituel, M. Pierre Lessard. Pierre Lessard, celui-là même qui fait parler l’esprit d’un aristocrate français ayant vécu il y a 250 ans. En tant que psychologue membre d’un ordre professionnel, de semblables amalgames sont inadmissibles : spiritisme et spiritualité sont deux choses. Toute existence humaine comporte trois dimensions inextricables en interrelation constante dans le temps : le spirituel ou l’immatériel, ce qu’il est convenu de nommer l’âme (les significations), le psychologique ou agitations de l’âme (les émotions) et le physique (les réactions corporelles). Je suis psychologue, mais également philosophe et théologien et en aucun cas ni dans aucun écrit, on approche la spiritualité du spiritisme, ce dernier faisant plutôt dans l’ésotérisme. Plus encore, le sixième objectif de ce que je nommerais leur « retraite fermée » se lit ainsi : « Possibilité de faire des choix cohérents par rapport à la suite de sa vie ». Guy Corneau a été père pour la première fois à 60 ans. Il dira, concernant l’arrivée de cet enfant : « Je n’avais pas prévu ça, mais la mère de l’enfant voulait absolument le garder, je ne m’y suis pas opposé. » Ce qui m’interpelle davantage ici c’est le fait, qu’aux yeux de son psychiatre, il aurait été difficile pour lui d’élever un enfant une trentaine d’années plus tôt et Guy Corneau d’ajouter : « Je voulais gagner ma vie, j’avais beaucoup d’ambition professionnelle et je voyageais souvent en Europe pour mon travail... je me serais senti tiraillé entre mon enfant et mon travail... C’est même mieux qu’un père impulsif trop centré sur sa carrière. » Nous serions en droit de nous questionner ici sur le moyen de contraception utilisé dans ce couple, car tel que Guy Corneau l’affirme lui-même, il n’était pas prévu cet enfant. À supposer que la contraception n’y soit pour rien et que cet enfant ait été planifié, alors là je ne comprends pas. Guy Corneau était-il cohérent avec ce qu’il prêche à sa « retraite fermée »? En second lieu, être père à 60 ans comporte des risques énormes pour l’enfant. Tout cela sans compter, à moins que mes calculs soient erronés, que Guy Corneau était en rémission d’un très grave cancer de stade IV en acceptant, peut-être en planifiant, la paternité. Risques aux plans physique et psychologique certes, mais également au plan filial, dans la relation ultérieure père/fils sur laquelle l’enfant doit pouvoir compter ce qui, plus que quiconque, il est à même de savoir. C’est là que se joue toute la responsabilité de la paternité. À preuve, Guy Corneau dira : « En fin de journée, je tire la patte et j’ai simplement hâte d’aller me coucher». On peut certes vouloir consciemment un enfant dans ces conditions, mais il est permis de se questionner à savoir si c’est là un vouloir éclairé lequel implique un choix délibératif entre deux options au lieu d’être le fruit de la contrainte. Comportement plutôt questionnable de la part de celui-là même qui a écrit Père manquant fils manqué, des comportements s’apparentant à l’incohérence, selon moi. À moins que cet enfant ait été conçu pour combler ce vide existentiel qu’il a souvent souligné lui permettant ainsi de trouver l’amour véritable. Ce qui relèverait d’un égocentrisme odieux.

AFFIRMATION 83

Il y a donc vouloir éclairé et vouloir non-éclairé. Le vouloir éclairé implique une capacité de délibération.


AFFIRMATION 93

Avoir un enfant, c’est s’assurer une certaine pérennité, c’est combattre, dans une certaine mesure, l’angoisse existentielle ou angoisse de mort.

AFFIRMATION 8

Les fuites équivalent à « lécher du miel sur le fil d’un rasoir ».

Enfin, nous avons eu droit au Doc Mailloux. Certes très brillant lui aussi, mais dont la façon de faire relevait plutôt du caricatural, du grotesque, voire du clownesque. La façon d’utiliser son talent de la sorte laisse songeur. Ceux qui ont lu mon précédent blogue sur Gaétan Barrette comprendront mon allusion quant au fait d’être brillant et d’être intelligent. Le Doc Mailloux, quant à lui, c’est l’indécence même. L’indécence étant le caractère de ce qui choque par son côté ostentatoire, voire son manque de discrétion jusqu’à se mettre son ordre professionnel à dos... recherchant, consciemment ou non, la victimisation. Le messager allait tout prendre l’attention au détriment du message qui aurait pu être très enrichissant.

AFFIRMATION 227

Il y a ce que la vie nous donne, mais il y a également ce que l’on va en faire.


AFFIRMATION 229

Les passions et les émotions auront parfois longtemps le dessus sur la raison.


Voilà le portrait actuel de nos représentants médiatiques en ce qui a trait à la psychologie au Québec. Consulter en thérapie est un indice de santé mentale encore faudrait-il que ceux qui représentent cet art médical soient pertinents, cohérents et décents, bref qu’ils soient des guides, des repères irréprochables en quelque sorte. Il y a trois interdits fondateurs à toute société : le meurtre, l’inceste et le mensonge. Or, le mensonge est en lien direct avec la notion de parole, voire au fait de s’exprimer. Sans être mensongère et je précise, cela parfois non volontairement et non consciemment, une parole qui manque de pertinence, de cohérence et de décence n’est pas le gage d’un dialogue qui se veut fondamentalement authentique, voire de l’ordre de la véracité, d’où seront tirés le sens et, ultimement, l’action. Quelle sorte de Québec psychologique voulons-nous pour ceux qui comptent sur notre savoir et notre expérience en ce domaine? Ne devrions-nous pas être des maîtres? Pour ce faire, ne faudrait-il pas que ces maîtres aient accédé à la Sagesse avant la notoriété, car il semble bien que la notoriété ne soit pas, implicitement, garante de la Sagesse. Mais voilà! Les gens Sages ne recherchent pas la notoriété et demeurent dans l’ombre, derrière les projecteurs.

L’HÉRÉSIE PHILOSOPHIQUE D’ÉRIC-EMMANUEL SCHMITT


Photo: Tout le monde en parle (Radio-Canada)

Il m’importe de préciser au départ que ma critique ne porte absolument pas sur l’œuvre d’Éric-Emmanuel Schmitt, une œuvre magistrale reconnue maintes fois. Lors de son passage à Tout le monde en parle (dimanche le 21 février 2016), Guy A. Lepage a introduit son invité en disant : « Il est entré dans le Sahara athée et en est sorti croyant. » C’était placer le philosophe, sinon la philosophie, dans une position délicate. Étant moi-même philosophe, je me suis senti interpellé au point de réagir. Dieu en philosophie est synonyme de Présence, point. Penser autrement est une hérésie philosophique, voilà fondamentalement, entre autres choses, ce à quoi je m’oppose.



AFFIRMATION 360

Divinité veut dire, l’existence la plus haute, la plus vertueuse qui soit.

AFFIRMATION 353

Dieu, comme l’existence humaine, existe en tant que possible, il est à faire et en même temps c’est lui qui nous fait comme Présence.

Ce serait donc suite à une expérience vécue à l’âge de 28 ans qu’Éric-Emmanuel Schmitt aurait été sujet à une « Révélation ». Perdu dans le désert, il a dû passer une nuit, une seule en passant, coupé du monde. Il dira initialement que ce n’était pas une situation de mort mais, paradoxalement, il dira plus tard dans l’entrevue : « Peut-être vais-je mourir? » Plus encore, après cette Révélation « [...] la confiance avait fait place à la peur » et dajouter : « Peut-être vais-je mourir dans trois jours, mais avec la foi. » Si Éric-Emmanuel Schmitt ne veut pas admettre la peur morbide qu’il a vécue, c’est, selon moi, pour accréditer sa version d’une « réaction métaphysique ». Enfin, pour justifier, voire rendre indubitable sa réaction métaphysique, lui censé être au-dessus de tout, docteur en philosophie, citera ses maîtres à penser, Derrida et Diderot sans oublier Freud toujours, selon moi, dans le but d’accréditer cette Révélation : « Dieu entre par la faiblesse. » Éric-Emmanuel Schmitt de conclure : « C’est ça qui s’est passé... le danger, qui ouvre à la grande peur, a fait péter cette fausse carcasse. » entendons sa prétention, à 28 ans, à tout savoir et, dit-il, « Dieu est entré par ma faiblesse.» Ce qu’Éric-Emmanuel Schmitt a vécu était incontestablement, pour lui, une épreuve de très haute intensité. Quel danger, à 28 ans, fort probablement à son meilleur au plan physique, à passer une nuit à la belle étoile, ensablé et abrité par surcroît par des rochers? L’humain peut vivre quatre-vingt-dix jours sans manger, plusieurs jours sans boire, mais quelques minutes sans respirer. Une telle épreuve peut cependant, pour certaines personnes, devenir une épreuve de haute intensité, que je nomme une épreuve en apparence insurmontable, laquelle coupe de la familiarité usuelle, du connu dont la fonction est de sécuriser, bien illusoirement cependant. Semblable épreuve vient démontrer à quel point on s’est illusionné, berné, trompé. La confrontation avec soi-même est l’essence même de l’épreuve.


AFFIRMATION 222

L’épreuve vient démontrer à quel point on s’est trompé, illusionné, berné.

AFFIRMATION 215

Toute épreuve vécue ou simplement anticipée comporte un processus de deuil afin d’intégrer la perte, la rupture.

Éric-Emmanuel Schmitt confirme à quel point il a vécu cette confrontation avec lui-même. Il a essayé de comprendre entendons sa peur viscérale de mourir : « J’étais dépassé, je ne comprenais pas..., moi qui croyais maîtriser tout, qu’il n’y avait rien de plus grand que moi. » Yves Boisvert, invité sur le même plateau, a bien tenté de lui faire admettre que sa Révélation était peut-être le fruit d’une hallucination conséquente à celles vécues lors de situations de mort évidentes. C’est connu, face à des situations de mort évidentes, near-death experiences, certains pourront halluciner un tunnel baignant dans la lumière, ce qui les sauvera d’une mort certaine. De façon analogique, ce phénomène de mort imminente serait peut-être le lien avec cette molécule que la mère transmet au nouveau-né lors d’un accouchement naturel, le DMT : un puissant opiacé endogène psychédélique à action rapide. Le DMT serait en connexion avec la glande pinéale, seul l’humain possède cette glande, considérée comme le lieu du septième chakra (Sahasrãra). Loin d’accréditer Boisvert, il est plutôt cinglant, j’oserais dire pédant et prétentieux. Ce qu’il a vécu, lui, c’était une réaction métaphysique et non une réaction contre la peur, pire encore, Éric-Emmanuel Schmitt d’affirmer qu’il était vulgaire et grossier de penser cela. Voilà le Français lequel, à 28 ans, se croyait au-dessus de tout, qui refait surface. En fait, la question que l’on est en droit de se poser après de tels propos de quelqu’un prêchant la tolérance et affirmant que la différence nous enrichit est la suivante : s’il y a eu Révélation comme il prétend, il n’y a sûrement pas eu Révolution, pire même, sa « carcasse » s’est renforcée. Éric-Emmanuel Schmitt parle d’une forte lumière, il y entre et se sent pacifié. Il parle de deux corps; celui qui reste là, menacé par le froid, la faim, la soif et l’autre corps qui s’échappe de ces douleurs. Tant de douleurs après quelques heures d’égarement dépassent l’entendement. Chez certains peuples autochtones, il y a un rituel que l’on nomme « la quête division ». Le jeune est envoyé seul en forêt, sans aucun support, durant quelques jours. Je l’ai expérimenté et le rituel porte son nom, croyez-moi. C’est une évidence qu’Éric-Emmanuel Schmitt a eu peur de mourir comme jamais. Serrer son guide touareg comme il l’a fait après moins de vingt-quatre heures d’isolement en témoigne. Ce qu’il a vécu est une expérience de mort imminente avec comme conséquence son phénomène hallucinatoire. Éric-Emmanuel Schmitt a vu son existence menacée dans sa totalité : plus de corps, plus d’existence. Le corps est le véhicule de l’existence. Toute existence humaine comporte trois dimensions inextricables en interrelation constante dans le temps : le spirituel ou l’immatériel, ce qu’il est convenu de nommer l’âme (les significations), le psychologique ou agitations de l’âme (les émotions) et le physique (les réactions corporelles).


AFFIRMATION 182

Or, plus un organisme est vulnérable et plus il est insécure. Plus il est insécure et plus il est angoissé.

AFFIRMATION 260

L’épreuve cause une rupture dans la fluidité de l’existence faisant de nous un mort-vivant.

L’angoisse menace la capacité même d’exister en stoppant momentanément la fluidité du temps, bref le temps ne s’écoule plus, il se fige. Or, l’existence essentiellement projective, c’est-à-dire tournée vers le futur est donc essentiellement temporale; exister c’est gruger dans le temps qui nous est alloué. Incapable de se projeter, voire de se transcender comme dans son monde usuel sécurisant, envahi par l’angoisse, Éric-Emmanuel Schmitt n’avait pas le choix de se transcender sous un mode hallucinatoire.


AFFIRMATION 110

La perception me permet de reconnaître mes expériences antérieures. Voilà pourquoi le connu sécurise.

AFFIRMATION 107

Transcender, c’est l’acte par lequel ma conscience sort d’elle-même et fait ce que les êtres et les choses sont pour moi : réelles ou irréelles, possibles ou impossibles.

AFFIRMATION 109

La transcendance est le mouvement par lequel l’existence reprend à son compte et transforme une situation de fait.

AFFIRMATION 114

C’est une caractéristique possible de l’existence humaine, être là tout en étant ailleurs.

Du futur, Éric-Emmanuel Schmitt n’en voyait pas ou plus parce que temporellement paralysé par la peur physique de mourir, de là l’angoisse existentielle ou angoisse de mort faisant de lui un mort- vivant et cette projection dans cette forte lumière dans laquelle il entre ..., mais n’est jamais totalement ressorti. Toute épreuve limite comporte un deuil avec ses étapes dites étapes du deuil dont la négation, entres autres. Ma compréhension est à l’effet qu’Éric-Emmanuel Schmitt n’a jamais intégré cette épreuve ce qui l’en aurait fait sortir grandi. Au contraire, il est resté demeuré accroché à cette étape de la négation. Incapable d’avouer humblement sa peur, probablement paroxystique, il a profité de cette expérience à son avantage en y accolant le terme de Révélation. Une Révélation, dans ce contexte-ci, est l’acte par lequel Dieu fait connaître aux hommes son dessein de salut et se fait connaître à eux. Tout philosophe sérieux ne peut accréditer une telle Révélation. Il s’agit, selon moi, d’une hérésie envers la philosophie. Éric-Emmanuel Schmitt aurait pu, en intégrant positivement cette épreuve, se laisser interpeler sur le sens que prenait son existence : mieux encore sur le sens même de l’Existence, c’est-à-dire dans le fait que peut importe ce que l’on sait, ce que l’on est, nous retournerons, avec la mort, 1026 atomes de poussière d’étoiles au Cosmos, point. Être croyant c’est en quelque sorte surpasser, bien illusoirement, l’angoisse de mort, en s’assurant une « survie » après la mort physique.


AFFIRMATION 366

Pour Heidegger, c’est cette conscience de ma mort à moi qui est le fondement de toute conscience authentique.

AFFIRMATION 364

Vacuité, Hebel tout n’est que vacuité. Toute dérogation à cette vérité est illusion et les moyens pris pour l’esquiver le sont tous.

AFFIRMATION 284

L’insight est un pas vers un au-delà du moi actuel, vers un soi à reconquérir.

Éric-Emmanuel Schmitt a raté un rendez-vous incomparable avec lui-même, un insight, voire une prise de conscience fondamentale et est devenu, lui l’élu, plus pédant qu’avant cet événement au point de dire que si l’on est pas d’accord avec le sens qu’il accorde à ce qu’il a vécu, lui, c’est que notre façon de raisonner est vulgaire et grossière. Ce qu’il a vécu, selon lui, ne peut être raisonné et décrit par des mots. Affirmer que les mots servent uniquement pour décrire le visible dénote une incompréhension inconcevable de la part d’un philosophe. L’humain parle parce qu’il a une dimension spirituelle, une âme. La parole sert expressément à rendre concret, manifeste, le spirituel, l’invisible, donc. Si une expérience vécue est extatique, elle est envoûtante, on dira expressément que c’était divin ce qui n’a aucune connotation avec Dieu. Quoiquil en soit si un livre ne peut pas changer le monde comme laffirme Éric-Emmanuel Schmitt, faisant certainement allusion à la Bible et au Coran, de même une Révélation ne peut changer le monde, mais uniquement celui qui la vécue. Éric-Emmanuel Schmitt ne veut pas que l’on questionne ce qu’il a vécu de quelque façon, c’est une évidence. À moins, et cela serait acceptable d’un point de vue littéraire, que ce soit là pure fabulation servant de terreau à tout ce que sera son œuvre. 


AFFIRMATION 297

Plus qu’un phénomène linguistique, la parole est la manifestation de l’essence de l’être.

AFFIRMATION 305

La deuxième forme de la parole concerne les émotions et les sentiments engendrés à la suite d’une agitation, d’une perturbationde l’âme.

**Les Affirmations du texte sont tirées du livre Liberté de Magella Potvin.

L’AFFAIRE JUTRA


Avant toute chose, il me semble fondamental de bien camper le personnage et sa pathologie. Par la suite, il s’agira de comprendre sa maladie et sa mort. Enfin, quelle leçon devons-nous tirer de ce que nous apprenons aujourd’hui et comment nous comporter, bref faire en sorte que mes lecteurs privilégient le jugement de valeur au jugement de fait. Ceci pour nous assurer des décisions empreintes de Sagesse. Quelques mois avant sa mort, Claude Jutra écrivait : « Je puis affronter la mort, mais je ne puis me regarder disparaître en dedans », faisant allusion à la maladie qui l’envahissait, l’Alzheimer. Une déclaration très réductionniste de l’existence comme si la maladie qui l’affligeait lui était tombée dessus sans raison. Peut-être? Mais se pourrait-il que sa maladie et son suicide aient été conditionnés, voire qu’ils soient en lien avec l’aspect pathologique de son existence, à tout le moins dans sa dimension amoureuse. Il y a trois interdits fondateurs à toute société : le meurtre, l’inceste et le mensonge.
La pédophilie relève de la pathologie cela est indiscutable, elle brise à jamais la vie de ces enfants victimes, ces enfants dont nous avons le devoir d’éduquer dans le sens précis « de faire croître les potentialités ». En conséquence, la pédophilie est pathologique, un comportement antisocial d’une immaturité incomparable et, surtout, inconséquente. Considérant les « partenaires » qui y sont impliqués, la pédophilie s’oppose même à toute notion ou description de ce qu’est l’amour. L’amour, selon Hegel, est la différenciation et la suppression de la différence même, elle est à la fois production et solution de cette contradiction.

Certes il y a une énorme différenciation entre l’âge des « partenaires » dira-t-on, mais est-ce bien le cas? Je ne crois pas. Selon ma compréhension, Jutra n’était pas, mentalement, plus âgé que ses malheureuses victimes. Jutra n’était certes pas déficient intellectuel, loin de là. En conséquence, ne pas tenir compte de l’impact de ses comportements sur des « partenaires » plus jeunes que lui, enfants ou adolescents, le rend coupable à tout point de vue. Jutra n’avait ni le pouvoir ni le vouloir donc d’évaluer la portée de ses gestes, certes, mais il avait la possibilité d’aller chercher l’aide nécessaire et il ne l’a pas fait. Il y a consentement éclairé lorsque les deux partenaires impliqués sont conscients de l’impact potentiel possible de leur assentiment, dirais-je. Le vouloir éclairé implique une réflexion critique source de choix et d’actions de plus en plus vertueuses. Ne pas être en mesure de juger des conséquences de tels comportements est une preuve irréfutable qu’il y a là absence totale de ce que nous nommons un « vouloir éclairé », lequel implique une capacité de délibération entre au moins deux options. La pédophilie culmine dans une sexualité – je préférerais dire dans un sexe – essentiellement sensuelle. Une telle sensualité concerne les sens et le restera toujours, le sexe étant la rencontre de corps hantés par la solitude et l’angoisse.

Aborder l’amour dans sa dimension sexuelle fondamentalement et uniquement par les sens, relève du stade de l’existence que l’on appelle connaissance ou conscience sensible, entre zéro et 12-14 ans, avant l’acquisition de la pensée rationnelle laquelle peut, potentiellement et possiblement, mener à ce vouloir éclairé juste nommé. Ce stade est aussi dit physique, sensible (on perçoit par les sens), émotionnel, passif (passion), subjectif et esthétique. Je n’ai aucune connaissance de l’enfance de Jutra et n’en ai nul besoin pour en comprendre sa pathologie. Ce que je comprends est ceci : Jutra avait atteint certes la pensée dite rationnelle, mais reconnaissons qu’il y a des raisons de croire que certains événements de l’enfance ont fait que, la passion et les émotions, relatives à la période de l’enfance, soit la conscience sensible (0-12 ans), ont indiscutablement marqué de façon pathologique la sphère amoureuse – dans sa dimension sexuelle – de son existence. La sphère amoureuse, dans son expression sexuelle, faisait en sorte que le « vouloir » de Jutra était plutôt marqué par la contrainte et l’ignorance propre à cette période de l’enfance. 


AFFIRMATION 97

Sénèque de nous rappeler que si la raison est utilisée en nuisant, voire en éloignant de la Vérité l’humain est pire que l’animal qui n’en a pas.



AFFIRMATION 69

Une âme convaincue de son ignorance se vautre sans scrupule dans celle-ci comme un porc, d’ajouter Platon.



AFFIRMATION 77

Nous guérissons pour peu que nous nous séparons de notre enfance, d’ajouter Sénèque.

L’Alzheimer, maintenant, qu’en est-il vraiment? En ce qui me concerne, je dirais, comme tous, que l’Alzheimer est la maladie de l’oubli, cela va de soi, mais je préciserais : une maladie de la temporalité. Toute existence humaine comporte trois dimensions inextricables en interrelation constante dans le temps : le spirituel ou l’immatériel, ce qu’il est convenu de nommer l’âme (les significations), le psychologique ou agitations de l’âme (les émotions) et le physique (les réactions corporelles). Avant même de dire : « ... je ne puis me regarder disparaître en dedans », Jutra nommait spirituellement et psychologiquement la maladie qui l’affecterait et le conduirait à la mort. Pourquoi spirituellement? À cause de la signification que l’amour, dans son expression sexuelle, avait prise dans son existence. Pourquoi psychologiquement? À cause cette fois des affects négatifs suscités par cette dimension pathologique de son existence : culpabilité, honte, immaturité, inquiétude d’être découvert, peur de perdre sa notoriété, etc. Qui plus est, un jour ses victimes auraient vingt, trente, quarante ans. Ainsi, le corps étant la sphère physique de l’existence, ne faisait qu’actualiser, par l’Alzheimer, la totalité de son existence. Les affects négatifs ont un effet indubitable sur le système immunitaire, sur la santé donc. La maladie donnait corps au malheur, la souffrance passait dès lors du dedans au dehors.

AFFIRMATION 330

Si nous voilons notre histoire, d’affirmer Jaspers, elle vient nous surprendre à notre insu.

AFFIRMATION 234

Le corps ne fait que réaliser, en tant que véhicule physique de l’existence, ce qui se passe à d’autres dimensions.

Pourquoi l’Alzheimer dans son cas? Je tente une explication [Attention! En aucun cas je prétends que l’Alzheimer peut, en tous les cas, s'analyser sur les mêmes bases. Pas de généralisation: il n'y a pas deux personnes identiques, donc pas deux maladies identiques non plus]. Se souvenir, comme activité neuro- énergétique, (amplitude de l’onde cérébrale, augmentation de la température corporelle, etc.) actualise un événement passé vécu, donc potentiel, en le rendant réalité. Oublier voire se forcer à oublier, activité également neuro-énergétique, empêche l’actualisation de souvenirs potentiels à se potentialiser, à se conscientiser bref à se « présentifier» si je puis dire et cela dû à leur poids négatif. L’oubli est un blocage, une protection contre la souffrance qu’occasionnerait l’actualisation du souvenir pénible. C’est en ce sens que Don Quichotte fait dire à son personnage Cardenio que « la mémoire est un ennemi que l’on aime se rappeler ». Occupant démesurément le temps et tout l’espace l’oubli d’un tel événement en vient, graduellement, à banaliser, à empêcher la perception réelle du monde. Une telle forme de présence, totalement opposée à une existence vécue comme Présence, Présence marquée par la Sagesse, la Maturité, bref, Présence vertueuse, se transforme en absence. N’est-ce pas une caractéristique de l’existence même, soit le fait d’être là sans nécessairement être là ? Or, être absent au monde de la sorte, c’est exister comme un mort-vivant; en pareil cas, mieux vaut décéder que de continuer à vivre tel un mort-vivant, mort on ne souffre plus. Souffrir c’est être en relation avec quelque chose qui n’est pas ou qui n’est plus possible. Ceci nous amène à comprendre le suicide de Jutra. La maladie aurait pu faire accéder Jutra à une existence amoureuse authentique, libre, ce qu’il n’avait jamais su ni pu faire, compte tenu de la gravité de sa pathologie certes, mais aussi de sa notoriété. Il a fui, non volontairement et non consciemment, ce que sa déviance exigeait; personne ne veut d’un rhume, encore moins de vivre une vie de pédophile. De même, il a fui lorsque la maladie le confrontait.


AFFIRMATION 229

Les passions et les émotions auront parfois longtemps le dessus sur la raison.

AFFIRMATION 211

Chose certaine, il est de loin plus dangereux d’avoir des ennemis dissimulés que des ennemis déclarés.

AFFIRMATION 268

Consulter, aller chercher de l’aide, est un indice de santé mentale.

AFFIRMATION 8

Les fuites équivalent à « lécher du miel sur le fil d’un rasoir ».

Pourquoi le suicide maintenant? Ce dont Jutra avait peur, ce n’était pas de la mort, il l’avait d’ailleurs affirmé : « Je puis affronter la mort... ». Ce dont il avait peur, c’était d’affronter la vie, une vie basée sur le faux, le semblant, le paraître, le mensonge, sauf en ce qui concerne quelques amis et amies approbateurs de sa dérive. Un abuseur qui se suicide équivaut à un aveu de culpabilité, si l’on peut dire. Dans un procès, lorsque l’accusé plaide coupable, la preuve n’est pas dévoilée. De la sorte, son œuvre non entachée resterait mythique. Le suicide n’est pas un choix : choisir implique au départ, deux options possibles et une volonté éclairée, une capacité de délibérer, ce qui faisait défaut à la personnalité de Jutra : il n’a pas choisi la mort, tout comme il n’a pas choisi sa vie de pédophile, il l’a subie.

En conclusion, que devons-nous tirer de tout cela? On ne peut plus rien contre Jutra. Mon but n’est ni de le faire aimer ni de déculpabiliser, loin de là. Renommer tout ce qui porte son nom, bref « briser » tout ce qui fut de lui et qui l’immortalise? Peut-être, mais ne devrions-nous pas, peut-être, garder son nom à l’esprit d’une quelconque façon? L’immortalité est un réservoir duquel il nous faut tirer des apprentissages, des leçons de vie, bref rester vigilants en quelque sorte afin de tendre vers plus de Sagesse, et ce, tant individuellement que collectivement. Que le disparu se nomme Jutra ou Mandala, il lègue un héritage spirituel. Dans ce contexte, les gens, connus et toujours vivants, qui ont eu connaissance des agissements de Jutra devraient peut-être répondre – d’une certaine manière – en justice; la loi concernant la Protection de la jeunesse autorise à cette possibilité. Ils ont cautionné un comportement qui mettait en danger la vie humaine, qui plus est, celle d’enfants innocents, ils ont été complices. Décider collectivement de nous gouverner ainsi ferait en sorte que plus personne ne cautionnerait à l’avenir de tels comportements, quelle que soit la notoriété de l’abuseur. Ne rien faire ne serait-ce pas nous comporter comme ceux que nous accusons qui savaient et qui, pourtant, n’ont rien fait? Ne pas agir serait d’une incohérence inacceptable, nous qui disons aimer nos enfants. Quelle sorte de Québec voulons-nous pour nos enfants? 
AFFIRMATION 359
L’immortalité : un réservoir duquel on peut apprendre ce qu’il faut faire et aussi, ce qu’il ne faut pas faire pour s’améliorer.


**Les Affirmations du texte sont tirées du livre Liberté de Magella Potvin.

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